25 mars 2021
École de théâtre : des finissants reconnaissants
Par: Maxime Prévost Durand

Sur la photo, quatre finissants de l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe en Interprétation théâtrale, soit Vincent Lachance, Raphaëlle Guérin, Samuel Nolet et Juliette Hudon. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Privilégiés. C’est ainsi que se sentent les finissants de l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe à l’approche de la présentation de leur dernière pièce de la saison, Ce soir on improvise, qui sera présentée du 30 mars au 5 avril.

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« Même si on était en pandémie, je pense qu’on a fait plus de théâtre que les Benoît McGinnis de ce monde », lance Samuel Nolet, l’un des quatre étudiants en Interprétation théâtrale rencontrés par LE COURRIER.

Au cours des derniers mois, les finissants ont pu présenter comme prévu les pièces qui étaient au programme de leur dernière année d’études. Certes, il a fallu beaucoup d’adaptation pour y arriver, tant dans la mise en scène que pour faire respecter la distanciation entre les comédiens ou dans la façon d’en faire la présentation avec l’ajout de la webdiffusion pour rejoindre le grand public. Grâce au dévouement du corps professoral et à la compréhension de la direction, ils y sont arrivés.

« On se considère très chanceux de pouvoir faire nos trois spectacles de finissants, de les diffuser [en ligne], de jouer sans masque, puis d’avoir un public [en salle] même si c’est seulement des étudiants et des enseignants de l’école », souligne Raphaëlle Guérin.

Elle et ses compagnons se montrent d’ailleurs reconnaissants des combats menés par les responsables du programme, qui sont notamment arrivés à trouver un compromis pour leur permettre de jouer devant un public, aussi petit soit-il, malgré le contexte difficile et les mesures sanitaires en vigueur.

« Il y a beaucoup de [programmes] techniques ici, comme hygiène dentaire et soins préhospitaliers. Ces personnes-là ont besoin de pratiquer sur de vraies personnes, comme nous, on a besoin de jouer devant de vraies personnes. On a besoin d’apprendre comment interagir avec la salle. Est-ce que ma voix se rend au fond de la salle? S’il n’y a personne, je ne le saurai pas », fait remarquer l’étudiante.

Malgré les nombreuses règles auxquelles ils ont dû se conformer et qui changeaient parfois de semaine en semaine, les finissants ont tenté de trouver du positif dans ce défi qui se dressait devant eux plutôt que de mettre l’accent sur les éléments qu’ils ne pouvaient plus faire.

« Ça devient plus un moteur créatif qu’une contrainte au final parce qu’on se retrouve avec de super belles propositions, qui sont différentes, mais qui fonctionnent quand même », poursuit Raphaëlle.

« Ça nous a poussés à aller au-delà de nos instincts, ajoute Vincent Lachance. Que le contact physique ne soit plus que physique. »

Le travail le plus difficile a sans contredit été celui des metteurs en scène, poursuit Juliette Hudon. « Par exemple, dans le spectacle actuel, on est souvent les 13 [comédiens] sur scène en même temps. Il faut disposer de ces 13 corps-là dans l’espace, à deux mètres de distance, avec des mouvements. C’est tout un jeu de Tetris. »

En sortir plus fort

Les finissants ne cachent pas avoir eu certaines craintes quant aux effets de la pandémie sur leur formation. La fin de leur session hivernale, en début de pandémie, a été chaotique et on ne savait pas vraiment ce qui allait les attendre à la rentrée en vue de l’année la plus importante de leur parcours scolaire.

« En avril, nos profs faisaient du mieux qu’ils pouvaient [pour continuer de nous faire apprendre], mais personne ne savait trop comment s’adapter. Je me disais : si c’est ça l’an prochain, je prends une sabbatique, ça ne servirait à rien [de continuer dans ces conditions] », se souvient Juliette.

Dans le contexte, un stage en comedia del arte qu’ils devaient suivre en Italie l’été a dû être annulé, créant évidemment beaucoup de déception. Mais heureusement, leurs cours ont pu être tenus en présentiel dès l’automne et le sont toujours restés. Les finissants s’entendent d’ailleurs pour dire qu’ils sortiront de cette dernière année collégiale avec tous les outils nécessaires en vue de leur intégration au milieu artistique.

« Si on a passé à travers cette année-là comme comédien, on a les reins assez solides pour passer à travers n’importe quelle épreuve, affirme avec positivisme Samuel Nolet. On a réussi à faire du théâtre en pandémie mondiale! Si on a réussi à faire quelque chose de beau, quelque chose qu’on aime, dans les pires conditions, ça ne peut que s’améliorer. Les cohortes 2020-21 de toutes les écoles de théâtre vont en sortir plus fortes », prédit-il.

Conscients qu’un milieu culturel fragilisé par la pandémie les attend à leur sortie de l’école, les finissants se réjouissent néanmoins de l’ouverture dont le milieu fait déjà preuve à leur égard. De plus, le fait que les spectacles soient webdiffusés leur a permis d’être vus par encore plus de directeurs de casting de Montréal, soutient Juliette Hudon.

La plus grande déception qu’ils ont vécue est sans contredit de ne pas avoir pu jouer devant leurs proches. Ceux-ci n’ont pu les voir qu’à travers un écran, grâce à la captation de leurs pièces.

« Je voyais les shows des finissants les autres années et j’avais hâte de montrer ce que je fais à ma mère, puis d’aller prendre le vin d’honneur après. J’avais hâte que ce soit mon tour, se désole Samuel. Mais comme j’ai dit avant, on en a fait, du théâtre. De voir que, nous, on a continué pendant que le monde du théâtre était sur pause, je pense qu’on peut mettre ça comme un baume sur nos plaies. »

Malgré la réouverture des salles de spectacles, il ne sera toujours pas possible d’accueillir un public autre que des étudiants et des enseignants pour leur dernière pièce étant donné qu’il s’agit d’un établissement scolaire. Le grand public pourra tout de même la regarder en webdiffusion via la plateforme Livetoune à tout moment entre le 30 mars et le 5 avril.

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