23 juillet 2020
Efficacité du masque : la réponse de la santé publique
Par: Olivier Dénommée

Dre Chantal Sauvageau, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive à l’Institut national de santé publique du Québec. Photo gracieuseté

Après avoir partagé l’avis divergent du microbiologiste Antoine Khoury au sujet du port du masque dans sa précédente édition, LE COURRIER s’est entretenu avec la Dre Chantal Sauvageau de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) pour mieux comprendre les données qui ont pu amener le gouvernement à imposer cette mesure dans les lieux publics fermés ainsi que dans les transports en commun.

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C’est sans détour que Dre Sauvageau a répondu à nos questions au sujet du masque et de son efficacité dans le contexte de la COVID-19. « On commence à avoir de plus en plus de données solides nous disant que le masque est efficace lorsqu’il est porté par la population générale, ce qui permet de réduire la propagation par des personnes asymptomatiques. […] Mais ce n’est pas la panacée et les masques et couvre-visages n’ont pas tous la même efficacité », mentionne d’entrée de jeu la médecin-conseil. Mais, selon elle, plus de gens le porteront, plus « l’effet de groupe » risque d’être bénéfique à condition que l’on ne néglige pas les autres mesures comme le lavage fréquent des mains, la distanciation physique et l’hygiène respiratoire.

Des mythes à défaire

Dre Sauvageau rappelle que les recommandations de la santé publique incluent de changer de masque dès qu’il est humide ou souillé, mais que rien n’indique qu’il soit dangereux de le porter quelques heures. Spécifiquement sur l’affirmation d’Antoine Khoury que les masques deviennent de véritables « incubateurs à bactéries » après seulement 15 minutes, elle assure qu’aucune donnée ne permet d’arriver à de telles conclusions. Mais le fait de « mal porter » le masque – ne pas s’être lavé les mains avant et après l’avoir mis, ne pas couvrir adéquatement la bouche et le nez, le toucher et le replacer fréquemment ou mal le disposer après l’avoir enlevé – aura simplement pour effet d’annuler les effets protecteurs que confère le masque.

Un mythe tenace est celui que le masque peut nuire à ceux qui ont déjà des problèmes respiratoires. « Ce n’est qu’une infime partie de la population qui ne devrait en aucun cas porter le masque, comme les jeunes enfants, les personnes qui ont une déficience intellectuelle lorsqu’ils ne peuvent pas le mettre et l’enlever eux-mêmes et ceux qui ont des besoins particuliers en oxygène. Quant aux asthmatiques, ils ont au contraire tout intérêt à se procurer un bon masque pour se protéger parce qu’ils seront les plus durement touchés s’ils sont infectés par la COVID-19 », soutient Dre Sauvageau, reconnaissant l’inconfort que procure ce masque, surtout dans la population générale.

Elle voit le port du masque comme un « entraînement » nécessaire pour combattre le coronavirus qui sévit toujours. « C’est un nouveau comportement un peu contraignant et ce n’est pas toujours simple de l’implanter. Mais si on veut un gain, ça prend des efforts de la part de tout le monde. » En matière de santé publique, la « réponse parfaite » à une pandémie n’existe pas et cette crise le montre bien. « La protection individuelle est la dernière stratégie utilisée en santé publique. La première – et la plus efficace – est le confinement, mais on n’aurait pas pu garder cette mesure pendant 2 ans. »

Question de timing

Questionnée sur la vitesse avec laquelle les directives ont évolué au Québec par rapport à l’évolution des données scientifiques sur le virus, Dre Chantal Sauvageau admet que les discours parfois ambigus (dans les premières semaines, Dr Horacio Arruda soutenait qu’il ne recommandait pas le port du masque avant de se raviser) ont pu nuire à la cohésion sociale sur la question. « Ce sont toujours des choix difficiles à faire, rien n’est noir ou blanc. Le fait de le rendre obligatoire en contexte de réduction des cas est une décision qui soulève des questionnements, mais si on attend que le taux d’infection revienne comme en avril, il sera trop tard pour agir. » Elle sent aussi que l’arrivée des vacances de la construction a eu un effet dans la décision de le rendre obligatoire dans tous les lieux publics fermés depuis le 18 juillet.

Les études à travers le monde continuent de se multiplier et l’INSPQ continuera de faire évoluer ses recommandations selon les nouvelles données solides qui en émaneront pour éviter autant que possible une deuxième vague meurtrière de COVID-19.


Des conseils sur le masque

La documentation sur le masque et le couvre-visage artisanal commence à prendre de l’ampleur et les autorités en santé publique en tiennent compte dans leurs recommandations. Une publication de l’INSPQ datée du 16 juillet indique notamment que même si les masques non médicaux n’ont pas tous la même efficacité pour la prévention des infections respiratoires, ils offrent tout de même un certain degré de protection dans les lieux publics.

Dre Chantal Sauvageau se fie également aux recommandations de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), qui conclut dans un avis mis à jour le 7 juillet que les masques artisanaux en coton, en polypropylène non tissé ou en mélange de coton/polyester dotés de couches filtrantes adéquates offrent la meilleure alternative aux masques médicaux dans le contexte actuel. Elle rappelle aussi que le masque seul ne fera pas grand-chose si on ne respecte pas les autres consignes de la santé publique, répétées quotidiennement depuis mars.

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