3 juin 2021
Elliot Maginot : S’ouvrir à d’autres sons
Par: Maxime Prévost Durand

Elliot Maginot, originaire de Saint-Hyacinthe, vient de dévoiler son troisième album intitulé Easy Morning. Photo Adrian Villagomez

Pour la création de son troisième album, Easy Morning, Elliot Maginot s’est isolé. Comme si la dernière année n’avait pas déjà été assez solitaire avec la pandémie. Pourtant, l’auteur-compositeur-interprète maskoutain est fort bien entouré sur ce disque, doté d’une richesse musicale où sont créées des rencontres improbables et qui marque un certain virage sonore.

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Sa pop, à la fois folk et planante, est cette fois soutenue par des arrangements de cordes sublimes et par des sonorités ouest-africaines portées par des instruments comme la kora et les flûtes peules. Au total, une quinzaine de musiciens l’accompagnent sur ce disque, réalisé brillamment par Connor Seidel.

« C’était le retour du balancier émotionnel, lance Elliot Maginot en entrevue avec LE COURRIER. Après autant de temps seul à être pogné avec mes idées, je pense que j’avais juste envie d’inviter plein d’amis à jouer et plein de personnes avec qui je n’avais jamais collaboré. Nonobstant ça, la direction musicale que je voulais prendre exigeait qu’il y ait beaucoup de gens. J’étais moins dans l’esprit où je voulais tout jouer. J’avais besoin de gros talents pour faire ce que j’avais envie de faire. Ça a été un honneur d’avoir ces gens en studio. C’était des leçons de musique chaque fois. »

L’une des rencontres les plus marquantes pour ce projet a été celle avec le grand Élage Diouf, qui a accepté de signer les percussions d’Easy Morning. « On le connaît tous pour Les Colocs, mais outre ça, c’est un musicien complet et impressionnant dans tous les aspects de son art. Il comprend la relation entre chaque percussion. C’était juste merveilleux [de le voir aller en studio]. »

Avec cet album, qui fait suite à Comrades, paru en 2018, Elliot Maginot a voulu se défaire de ses propres réflexes. Il a su faire ce que peu d’artistes se permettent : mélanger les univers.

« J’avais envie de jouer avec des musiciens qui proviennent de scènes avec lesquelles on ne se mêle pas vraiment [habituellement]. J’ai remarqué que la scène de la chanson québécoise ne se mêle pas vraiment aux musiciens jazz ni à la scène anglophone ou world. Il y a plein de cliques qui ne se parlent pas, pas par snobisme ou manque d’ouverture, mais juste parce qu’on finit par être dans notre zone de confort en travaillant avec les mêmes gens », analyse l’artiste, installé à Montréal depuis plusieurs années.

Conscient que le défi était grand pour réunir ces différentes directions musicales « en apparence opposées et les intégrer dans les chansons sans que ça ait l’air forcé », le jeune trentenaire a réussi son pari. Le premier extrait, « Holy Father », en témoignait déjà, mais l’ensemble de l’œuvre, formée de neuf pièces, dont un interlude, est fluide et doux à l’oreille. À travers cette évolution sonore, que l’on perçoit particulièrement sur des pièces comme « Emilio (Any Day Now) » et « Dead Church », on reconnaît néanmoins sa voix unique qui le distingue instantanément sur « Easy Morning » et « True Love Might Not Find You In The End ».

Après des mois à créer dans un univers plongé dans l’incertitude et à se questionner sur l’état de l’industrie de la musique à la sortie de la pandémie, Elliot Maginot se montre maintenant plus serein. « [Cet album] représente certainement la fin de ce gros struggle collectif qu’on a eu parce que la sortie coïncide avec la reprise de la vie et de la culture. La création [d’Easy Morning] a représenté quelque chose de relativement difficile et challengeant, comme l’a été la pandémie. J’ai envie que ce disque-là nous amène, moi et les gens qui l’écoutent, vers la prochaine période de nos vies qui, je l’espère, va être plus riche et douce. »

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