29 décembre 2011
Éloi Giard, semeur d’espoir
Par: Véronique Lemonde
Éloi Giard, prêtre, croit que les gens ont soif de spiritualité plus que de religion.

Éloi Giard, prêtre, croit que les gens ont soif de spiritualité plus que de religion.

Il est très loin l’époque où Éloi Giard trimait dur sur la ferme familiale de Saint-Simon, comme tous les autres enfants de sa famille. Aujourd’hui, prêtre depuis 23 ans, il a fait de sa vie un hymne à l’engagement, doublé d’un don de soi incroyable.

C’est pour cela que Centraide Richelieu-Yamaska vient de nommer Éloi Giard Grand Bâtisseur, afin de souligner son grand sens de l’engagement et ses aptitudes à « vouloir constamment valoriser l’être humain ».

Visiblement étonné par cette nomination, le principal intéressé a tenu à dire que tous les gens qu’il côtoie et qui s’impliquent dans la vie communautaire et paroissiale méritent tout autant que lui cet honneur. C’est également ce genre de personnes qui l’ont inspiré et qui l’ont mené à la vie sacerdotale.« Le bonheur qui vient de l’extérieur est bien relatif et on finit toujours par le perdre. Le vrai bonheur est au fond de nous. C’est parce que j’ai une vie spirituelle que j’arrive à m’engager autant. J’ai de la spiritualité dans le corps, lance en riant Éloi Giard. C’est pourquoi j’aime autant être près des gens. Par exemple, lorsque je rencontre des jeunes dans des écoles secondaires privées, ça j’aime ça! Je leur parle de l’être et je me rends compte que le vide intérieur est la plus grande pauvreté en ce monde. Les jeunes, comme les autres, doivent réapprendre le silence. Lorsque l’on prie, on apprend le silence. »Ordonné en 1988 à Saint-Mathieu-de-Beloeil, Éloi Giard fut curé à Saint-Damase et Saint-Jean-Baptiste de 1993 à 1996, puis prêtre dans la région de Farnham. Depuis six ans, il est responsable de l’Unité des Frontières qui regroupe les paroisses de Bedford, Saint-Armand, Notre-Dame-de-Stanbridge et Philipsburg. Ses implications sont multiples, que ce soit auprès des agriculteurs en détresse, des jeunes, des personnes handicapées ou des malades en phase terminale (l’arche de Jean Vanier, Maison Victor-Gadbois, congrès jeunesse provinciaux, etc.).

Tout pour l’amour

Ouvert d’esprit comme pas un, cultivé – il parle avec facilité de U2 autant que de la musique de Franz Schubert -, Éloi Giard a grandi dans une famille de cinq garçons et une fille, à Saint-Simon. La famille Giard, très connue à Saint-Hyacinthe et dans la région, s’est toujours impliquée dans mille et une choses. Ferme laitière et céréalière réputée, la vie d’agriculteur ne l’attirait pourtant pas.

Alors qu’il a 18 ans, son frère Martin meurt accidentellement et sa vocation religieuse prend alors son essor. « On se ressemblait beaucoup Martin et moi, et il voulait devenir prêtre. À sa mort, j’ai été condamné à la vérité sur moi-même. Avant, je ne voyais pas ça parce que j’avais peur de l’engagement et de jusqu’où cela pourrait me mener. Pourtant, l’amour de Dieu sait tout, c’est ça l’espérance à laquelle nous avons droit. Cet amour est plus fort que toutes les raisons de désespérer », indique-t-il. Conscient de la désertion des églises et de la perte de repères des gens, Éloi Giard déplore quelque peu la difficulté de notre société à transmettre la culture religieuse aux jeunes d’aujourd’hui. Pourtant, selon lui, les gens ont besoin, plus que jamais, de présence et de réconfort. À preuve, une soirée de ressourcement organisée cet été pour aider les agriculteurs en détresse à laquelle il a participé. Une expérience qu’il espère répéter à l’avenir. « J’étais là pour parler aux agriculteurs et les aider à retrouver un peu de dignité. Ils vivent beaucoup de choses difficiles ces dernières années et je crois qu’il faut leur dire que nous les appuyons, qu’ils sont précieux pour la société. Tu peux perdre de l’argent, des biens matériels, une récolte, mais gardes ta dignité, tu es précieux. Si tu as de l’amour au fond de toi, tu garderas espoir. L’église est vivante lorsqu’elle est proche des souffrances des gens. »

Noël et son message

Pour Éloi Giard, le temps des Fêtes reste ce temps sacré où il aime se retrouver avec ses parents, maintenant à Sainte-Rosalie, et toute sa famille. « Les gens ont soif de spiritualité plus que de religion. Noël, c’est les réunions de famille, mais c’est aussi l’amour, car oui, les gens souffrent et on doit « aimer » encore plus fort. Beaucoup d’individus peinent à trouver un sens à leur vie, quand ils en cherchent un! Et quand on ne croit plus à grand-chose, on ne s’engage à rien. »Pour Éloi Giard, les projets et les plans ne manquent pas. Son engagement, qui se vit au jour le jour, touche ainsi plusieurs personnes qui en ont souvent grandement besoin. Ses réflexions nous amènent également à marquer d’un point d’orgue cette période de réjouissances et à nous demander comment l’espoir et l’amour peuvent encore avoir une place au coeur de nos vies surchargées.

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