12 juillet 2012
En réponse à Josiane Quintal sur le conflit étudiant et les déboires de Charest
Par: Le Courrier

Madame Quintal,

Madame Quintal,

Je réagis vivement à votre lettre d’opinion, qui témoigne parfaitement des gens qui n’ont rien compris au débat de société qu’est devenu le conflit étudiant au Québec. En tant que citoyenne, mère, philosopi æ doctor et chargée de cours de philosophie à l’université, permettez-moi de répliquer à certaines faussetés véhiculées par votre lettre. Vous écrivez que, voulant « se tenir debout », les étudiants sont « rigide [s] , fermé [s] d’esprit, ne [veulent] faire aucune concession et [refusent] de discuter ». Or, dans le contexte du conflit étudiant, c’est au gouvernement Charest que correspond cette description d’attitude, et non aux étudiants! Je vous rappelle un fait : c’est Charest et Beauchamp qui ont attendu plusieurs mois avant de daigner s’asseoir à une table de négociation avec les représentants des associations étudiantes, méprisant fortement la démocratie étudiante et laissant le conflit se dégrader à un tel point. Dans ce tableau, où la démocratie a fortement été bafouée par des égoïstes se réclamant d’injonctions, ce ne sont pas les citoyens ni les mères de famille qui ont été pris en otage, ce sont les enseignants dont je fais partie. Et pourtant, je continue de soutenir la cause étudiante, qui est profondément justifiée rationnellement et sur le plan démocratique. Je vous rappelle un autre fait : l’entente de principe qui a été entérinée entre le gouvernement et les associations étudiantes, en avril dernier, a été démocratiquement refusée par l’ensemble des étudiants parce qu’elle ne réglait pas le problème de la hausse des frais de scolarité. En effet, Beauchamp et Charest ont encore une fois fait preuve de mépris devant les caméras après la signature de cette entente, faisant peser sur les seules épaules des représentants des associations étudiantes le fardeau de prouver qu’on pourrait faire du ménage dans la gestion des universités… à une table de concertation où auraient siégé des instances qui elles, ne veulent surtout pas qu’on fasse la lumière sur cette mauvaise gestion (acteurs du privé, gens d’affaires, certains administrateurs cadres des universités). Enfin, je vous rappelle un dernier fait : le gouvernement Charest vient de faire adopter la Loi 78 au Parlement, loi ad hoc pour bâillonner les étudiants plutôt que d’écouter leurs requêtes légitimes; loi inconstitutionnelle parce qu’elle porte atteinte à des droits fondamentaux de tous les individus québécois tels que la liberté d’expression et d’association, comme le dénoncent en choeur les familles québécoises dans les rues, les artistes et les enseignants, les syndicats, les juristes et le Barreau du Québec, des éthiciens québécois très reconnus (Charles Taylor, Daniel Weinstock, Christian Nadeau) et même l’ONU. Et vous Madame Quintal, vous demandez aux étudiants de « mettre de l’eau dans leur vin »? Vous dites que « là, c’est une population entière qui boit juste de l’eau »? Pour filer votre métaphore, je vous demanderai qui boit du vin au Québec, selon vous? Les étudiants, vraiment? Ne serait-ce pas plutôt le gouvernement Charest, corrompu, méprisant et irrespectueux des droits fondamentaux des Québécois? Ou peut-être cette génération que l’on nomme les « baby boomers », qui constate avoir mal élevé ses petits (c’est bien ce que vous constatez dans votre lettre), et qu’aujourd’hui, ces « petits » sont ironiquement plus instruits, savants, rationnels et cultivés qu’eux? Avant de venir faire la morale aux étudiants comme vous le faites, je vous prie d’essayer de comprendre leur langage qui, contrairement au vôtre, est très informé, rationnel, cohérent et démocratique. Comme le remarque à peu près tout le monde au Québec, de la sphère populaire à la plus instruite, c’est le gouvernement Charest qui est allé trop loin dans ce conflit, et non les étudiants. Bien sûr, comme vous le dites, NON fait partie des réponses possibles dans un contexte de discussion. Or, devant un gouvernement qui a si longtemps refusé de discuter, justement, avec les étudiants, et qui brime le droit à l’expression des Québécois par le biais d’une loi ad hoc et injuste, c’est justement NON qu’il faut scander. Pourquoi ne vous joignez-vous pas à nous dans les rues, avec vos chaudrons, à la défense d’une société plus juste où chacun aurait le droit de s’exprimer et de s’instruire sans s’endetter outre mesure? Est-ce l’égoïsme qui vous en empêche? Bien que votre lettre exprime votre sentiment de culpabilité pour avoir transmis cet égoïsme à vos enfants, le mouvement étudiant n’est pas égoïste comme vous le pensez. En effet, les étudiants qui luttent aujourd’hui pour l’accessibilité aux études, l’égalité et la mobilité sociale ne seront plus aux études lorsque la victoire sera gagnée – si on voit ce jour arriver. C’est donc à leurs enfants et aux prochaines générations – vos petits enfants à vous, peut-être? – que profitera ce mouvement social. Le préjugé de l’enfant roi que vous colportez, comme d’autres gens mal informés, ne tient aucunement la route. Alors, avec mes chaudrons et mes sentiments de mère, avec mon diplôme et mes étudiants, avec ma fille que j’aide à étudier tout de suite après avoir fini de rembourser mes propres études (32 000 $), les yeux rivés sur les injustices du gouvernement Charest, mais aussi sur l’espoir d’un monde plus juste, je vous en conjure : si vous ne pouvez parler pour la justice, cessez au moins, Madame Quintal, de colporter vos graves erreurs de jugement et vos faussetés.

Marjolaine Deschênes Saint-Bernard-de-Michaudville-30-

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