2 août 2018
Palais de justice
Encore à la case départ?
Par: Martin Bourassa

La justice a le bras long dit l’expression consacrée. On sait aussi qu’elle peut se traîner les pieds, et encore davantage lorsqu’il est question de revamper ses palais de justice. Le 18 juillet, la ministre de la Justice Stéphanie Vallée était de passage à Saint-Hyacinthe pour une annonce que nous présumions importante. 

Depuis le temps qu’on parle de l’état de délabrement avancé et de l’urgence d’une rénovation en profondeur de notre palais de justice, le moment semblait propice pour confirmer les détails d’une réhabilitation aussi majeure qu’imminente.

Encore davantage à seulement trois mois des prochaines élections provinciales. Résultat? Un pétard un peu mouillé. Rarement aura-t-on vu un communiqué de presse aussi vide de contenu pertinent que celui émis cette journée-là par le Cabinet de la ministre de la Justice et Procureure générale du Québec. Ce communiqué claironnait pourtant que le projet d’agrandissement et de rénovation du palais de justice de Saint-Hyacinthe venait de franchir une nouvelle étape. Une nouvelle, pas tant que ça. Plutôt la toute première, celle du dossier d’opportunité qui consiste en une évaluation exhaustive des coûts et des besoins, avec l’aval du Conseil des ministres. C’est aussi décevant qu’étonnant si l’on considère que tout ce qui grouille et grenouille dans le système judiciaire et autour du Barreau sait depuis longtemps que Saint-Hyacinthe est plus que mûre pour une rénovation en profondeur de son palais de justice.

Chaque fois que le Barreau intervient sur la place publique pour évoquer la nécessité de transformer et de moderniser notre système de justice, entre autres par des investissements massifs dans ses infrastructures, le cas du palais de justice de Saint-Hyacinthe apparaît en tête de lice. Pas plus tard qu’en mars dernier, le bâtonnier Paul-Matthieu Grondin lançait un cri du cœur en plaidant pour un investissement supplémentaire de 827 millions de dollars, selon un article publié par Le Droit-Inc.

Dans ce dernier, le ministère de la Justice se défendait en disant que depuis 2014, « des sommes sans précédent ont été investies dans le système de justice » et ajoutait que le « Plan québécois des infrastructures justice 2017-2027 prévoit d’ailleurs plus de 400 millions en entretien, mais également en amélioration des infrastructures pour des projets entre autres aux palais de justice de Montréal, de Roberval, de Saint-Hyacinthe et d’Amos. » Pire, Saint-Hyacinthe y figure même depuis bien avant, soit 2008.

On comprend donc de la visite récente de la ministre que Saint-Hyacinthe fait partie du plan, sans que rien ni personne ne se soit donné la peine de faire une évaluation des coûts et des besoins. Étonnant dites-vous? Dans la mesure où le Plan québécois chiffre déjà les besoins maskoutains à 53 M$, c’est assez déroutant qu’on en soit encore à l’étape de l’évaluation « exhaustive » des coûts.

Le communiqué du 18 juillet a aussi confirmé une exclusivité du COURRIER publiée le 8 mars disant qu’un palais de justice temporaire devrait être construit d’ici 2020, le temps de mener à bien le chantier principal. D’ici là, une salle temporaire s’ajoutera dans l’actuel palais de justice d’ici la fin de l’automne 2018.

Questionnée par LE COURRIER, la ministre Vallée a dû préciser l’échéancier du projet de rénovation et d’agrandissement puisque son communiqué était muet sur ce point capital. C’est là que nous avons appris qu’il faudrait compter de cinq à sept ans, une fois que le palais de justice actuel aura été démoli partiellement. Cela pourrait nous mener autour de 2027 ou 2028. En comparaison, la construction du nouveau pont Champlain devrait être complétée en décembre, après un chantier de 42 mois!

Québec prend-il le chemin le plus court et le moins onéreux? La question se pose.

Au lieu de bâtir un palais de justice temporaire, de rénover de fond en comble, puis d’agrandir l’actuel, a-t-on examiné la possibilité d’en construire un nouveau pour y déménager l’ancien pour de bon? Nous avons déjà écrit que le terrain de stationnement où devait s’établir la fameuse tour de Réseau Sélection, au cœur du centre-ville, serait l’endroit tout désigné pour ce faire. Il suffirait de s’entendre avec la Ville de Saint-Hyacinthe sur l’avenir du palais de justice actuel pour satisfaire les deux parties. Cela permettrait sans doute d’accélérer le dossier et de limiter les coûts. Reste à voir si un prochain gouvernement pourra ou osera réexaminer le tout. Sûrement, car à écouter la ministre Vallée, nous n’en sommes encore qu’à la case départ. Misère.

image