14 novembre 2019
Biométhanisation
Encore loin du pactole annoncé
Par: Rémi Léonard

La rentabilité n’a pas été au rendez-vous en 2018 pour la filière de biométhanisation de la Ville de Saint-Hyacinthe. Photothèque | Le Courrier ©

Le chemin de la rentabilité est parsemé d’embûches pour l’usine de biométhanisation de la Ville de Saint-Hyacinthe, pleinement opérationnelle depuis janvier 2018. Au bout d’une année complète d’activité, la filière de biométhanisation aura finalement encaissé un déficit de 1,27 M$ au lieu d’un profit anticipé de 1,79 M$, révèlent les états financiers 2018 de la Municipalité.

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Les revenus estimés à 5,8 M$ ne se sont pas du tout matérialisés durant cette période, se limitant plutôt à 3,17 M$, principalement grâce aux tarifs perçus par la Ville pour traiter les résidus organiques des entreprises agroalimentaires. L’autre revenu associé au processus de biométhanisation est la vente de gaz à Énergir, mais elle s’est révélée largement en deçà des évaluations en ne rapportant que 677 000 $. Pendant ce temps, les dépenses ont quant à elles surpassées les prévisions de 25 %, atteignant 2,24 M$.

Quand ça va mal…

Une série d’inconvénients rencontrés depuis la mise en marche de l’usine explique cette situation, a évoqué le directeur général de la Ville, Louis Bilodeau. Des gels d’équipements se sont par exemple produits à plusieurs reprises durant la période hivernale, causant des arrêts de production. D’autres bris d’équipements, cette fois liés à la contamination des matières organiques, sont également survenus au cours de l’année. Il semble en effet que toute sorte de matériaux incongrus se retrouvent encore dans les bacs bruns ou même dans les grands conteneurs qui ne doivent normalement contenir que des matières organiques.

Enfin, le DG évoque aussi l’absence pour maladie du directeur du service dédié à la biométhanisation et à la gestion des eaux usées, Pierre Mathieu, durant une bonne partie de l’année, comme une difficulté supplémentaire rencontrée par la filière. Tous ces facteurs ont même fait dire à M. Bilodeau que l’« année 2018 aura été une annus horribilis » pour la Ville en biométhanisation.

Le DG tient néanmoins à spécifier que la filière est tout de même parvenue à dégager 930 000 $ en bénéfice dans ses opérations courantes en 2018, en excluant les frais de financement. Ce sont effectivement les intérêts à payer sur la dette contractée autour du projet qui ramènent ses opérations à un déficit de plus d’un million de dollars, a-t-il relativisé.

Il a évidemment espoir que l’année en cours (2019) pourra se montrer plus profitable. Au mois de juin, M. Bilodeau évaluait que l’usine roulait grosso modo à 50 % de sa capacité totale, ce qui représente une production d’environ 13 000 m3 de gaz par jour, a-t-il indiqué.

Une question en suspend

Seulement en calculant les mandats donnés à l’externe par le conseil municipal en lien avec le fonctionnement de l’usine de biométhanisation, LE COURRIER est arrivé à environ 750 000 $ en contrats pour l’année 2018. Ces dépenses incluent par exemple les frais importants reliés au traitement des bacs bruns (voir autre texte) ou à la gestion et au transport du digestat puisque la Ville doit payer pour l’écouler auprès des agriculteurs. Restent ensuite les coûts d’exploitation courants de l’usine, dont on ignore l’ampleur. Au total, les « frais d’opération » de la filière sont toutefois chiffrés à 1,2 M$, d’après le bilan municipal présenté dans le tableau ci-contre.

Questionnée par LE COURRIER, la directrice des communications de la Ville, Brigitte Massé, a d’abord assuré que ce montant englobait bel et bien toutes les dépenses reliées à la filière de biométhanisation. Lorsque la ventilation de ce 1,2 M$ lui a été demandée, la question a cette fois été assimilée à une demande d’accès à l’information, qui s’est finalement soldée par un refus puisqu’il s’agirait d’un « secret industriel ». La divulgation de certains « renseignements financiers, commerciaux, scientifiques et techniques » pourrait en effet « entraver des négociations en vue de conclusion de contrats, causer une perte à la Ville ou procurer un avantage appréciable à une autre personne », a répondu la Municipalité. Malgré cette question qui reste en suspend, LE COURRIER a tout de même choisi de présenter ici les chiffres tels que fournis par la Municipalité.

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