6 octobre 2016
Et l’éthique dans tout ça?
Par: Martin Bourassa

Depuis notre enquête sur le CLD et la Cité de la biotechnologie en 2013, nous ne devrions plus nous étonner du peu d’importance qu’accordent nos organisations aux questions d’éthique, de gouvernance et de conflits d’intérêts. Et pourtant, certaines arrivent encore à nous surprendre… dans le mauvais sens!

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C’est le cas de la Fondation Honoré-Mercier avec la façon dont elle a traité l’acquisition de la Place Blanchet en vue d’en faire une clinique. Mais avant toute chose, précisons que les coulisses de cette transaction n’enlèvent absolument rien à la valeur du projet ni à son intérêt pour la communauté maskoutaine. Ce n’est pas la destination que nous remettons en question, mais plutôt le chemin emprunté pour s’y rendre.

C’est une administratrice bénévole de la Fondation et courtière immobilière de métier, en l’occurrence Denise Cloutier, qui a piloté, négocié et conclu cette transaction pour le compte de la Fondation et de l’organisme apparenté qui en découle, soit Multi-Services Santé Richelieu-Yamaska. En retour, Mme Cloutier a touché une commission de 145 000 $ qui lui a été versée en parts égales par le vendeur et l’acheteur, ce qui est trois fois le montant recueilli par la fondation avec sa course de lits 2016!

Mais personne, et certainement pas la principale intéressée, ne se formalise de cette situation, comme s’il était tout à fait normal qu’un administrateur tire profit de cette position privilégiée pour s’enrichir. Certes, Mme Cloutier n’a rien fait d’illégal et on croit sans peine qu’elle se soit investie de façon « qui dépassait largement le travail normal d’un courtier », mais l’éthique en matière de bonne gouvernance aurait commandé qu’elle démissionne ou qu’elle lève le nez sur ce mandat payant.

Et ceux qui pensent que des règles trop strictes vont décourager des gens et des professionnels de qualité de s’impliquer dans des organismes ou fondations doivent comprendre que ces fameuses règles ne sont pas là pour rien, que ce soit dans un OSBL public ou même privé. 

Un courtier, un notaire, un avocat, un comptable ou le propriétaire d’une entreprise de construction qui décide de s’impliquer sur un CA doit le faire pour les bonnes raisons et non pour les avantages que pourrait lui procurer ce poste. Son expertise et ses conseils devraient servir les intérêts de l’organisme dans le cours normal de ses activités, mais sans contrepartie, honoraires ou commissions. Heureusement, la notaire présente jusqu’à tout récemment sur le CA de la Fondation n’a pas eu la mauvaise idée de préparer l’acte notarié de la transaction. 

Dans le cas de la Fondation, dirigée de surcroit par une avocate, il est assez étonnant qu’elle se soit aventurée sur une route aussi vaseuse et sinueuse, sans se soucier davantage des apparences. 

Cette fondation doit agir avec une intégrité irréprochable quand il est question de l’argent précieux qu’elle récolte et de la manière dont elle le dépense, que ce soit directement ou par l’entremise d’une société apparentée qui a vu le jour à son initiative et grâce à ses propres fonds.

On ne dira pas à Mme Cloutier quoi faire avec cette commission, mais une fondation près d’elle pourrait sûrement lui remettre un reçu aux fins d’impôt en échange d’un don substantiel.

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