12 septembre 2013
Et si c’était ça la démocratie?
Par: Denyse Bégin

Invitée à la célébration de clôture du 28 e chapitre général des soeurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, le 13 juillet, j’ai eu le goût de comprendre les règles définissant leur vie communautaire, notamment celles à l’origine de ce rite de passage auquel j’assistais.

D’abord, l’émouvante célébration

Cette fête de clôture réunissait une centaine de religieuses québécoises, canadiennes, brésiliennes et lesothanes, dans la salle communautaire de la maison-mère. La célébration s’est déroulée en français, en anglais et en portugais.

Une religieuse filmait tout, afin que ses consoeurs alitées ou dans l’incapacité de se déplacer puissent voir la messe en circuit fermé, de leur chambre. À quelques minutes du début de la célébration, les soeurs s’embrassaient à qui mieux mieux et elles placotaient joyeusement. J’observais en douce ces chaleureuses retrouvailles! Puis, un silence marquant un temps de recueillement s’est installé dans la salle, quelques secondes avant le mot de bienvenue signifiant le début de la célébration. Des chants et des prières se sont succédé puis, à un certain moment, soeur Denise La Barre a pris place devant l’assemblée et elle a allumé un cierge. Avec émotion, elle a par la suite allumé celui que tenait soeur Claudette Robert, celle qui allait lui succéder au poste de Supérieure générale. Puis, quatre nouvelles conseillères, soeur Pauline Vertefeuille, soeur Monique Lemieux, soeur Monique Laroche et soeur Monique Mathieu, se sont approchées à leur tour, et le cierge que chacune tenait à la main a été allumé. La communauté a alors prié pour elles, pour les accueillir et leur souhaiter « un mandat riche des fruits de l’Esprit; un mandat où vous serez en communion avec les choix évangéliques et où nous serons ensemble en marche avec Jésus pour la grande mission de l’Église et de la congrégation ». Après la célébration, alors que le chant final était suivi d’un tollé d’applaudissements, ma voisine, souriante, m’a regardée et a lancé : « on n’est pas encore mortes ». J’ai adoré la spontanéité de ce cri du coeur! Les soeurs se sont alors dirigées vers la cafétéria pour fraterniser tout en dégustant un cornet de crème glacée que quelques-unes proposaient gaiement aux personnes intéressées. Les soeurs du Lesotho ont entonné des chants religieux, a cappella, en se trémoussant à la manière des choristes de gospel, et la bonne humeur contagieuse, qui déjà régnait dans les lieux, a augmenté d’un cran.

Et la démocratie…

L’objectif principal d’un chapitre général, c’est la nomination d’un nouveau conseil et l’adoption des grandes orientations qui vont moduler la vie de la communauté pour les cinq années à venir.

Plusieurs mois durant, avant les nominations des capitulantes et dans le but de définir des orientations correspondant aux voeux de la majorité, chaque religieuse de la communauté est consultée. Pendant deux ans, les membres de la « commission précapitulaire » préparent le chapitre général, événement qui se termine par la célébration décrite plus haut. Cette année, pendant deux semaines avant la célébration, trente capitulantes élues par la base se sont isolées à Saint-Élie-d’Orford afin de définir les orientations de la communauté et d’élire la nouvelle Supérieure générale et les conseillères. Leurs travaux étaient basés sur le résultat des consultations menées au sein de la communauté.« C’est un processus qui peut sembler long et complexe, mais nous croyons qu’à défaut d’avancer rapidement, nous avançons mieux, car nous tenons compte de l’opinion de toutes nos soeurs », indique soeur Pauline Vertefeuille.Cette façon de faire évoque la démocratie d’équilibre, définit par Pierre Rosanvallon dans Le Sacre du citoyen, comme étant « les différentes solutions qui ont permis, au fil du temps, de combler peu ou prou l’écart entre la représentation politique du peuple et sa réalité sociologique ». Bravo chères soeurs pour cette leçon de démocratie!

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