22 août 2013
Barrage Penman's
Étude de 30 000 $ sur les anguilles
Par: Le Courrier
Une étude scientifique permettra peut-être de déterminer comment se comportent les anguilles lorsqu'elles aboutissent au pied du barrage Penman's, en route vers les embranchements de la rivière Yamaska qui coulent en amont.

Une étude scientifique permettra peut-être de déterminer comment se comportent les anguilles lorsqu'elles aboutissent au pied du barrage Penman's, en route vers les embranchements de la rivière Yamaska qui coulent en amont.

Le comportement des anguilles juvéniles aux abords du barrage Penman’s, dans la rivière Yamaska à Saint-Hyacinthe, fera l’objet d’une étude approfondie en prévision de l’aménagement d’une nouvelle passe migratoire.

Cette recherche sera réalisée par la firme d’experts-conseils Milieu, de La Prairie, qui a procédé à de semblables études sur l’emplacement de plusieurs barrages et centrales électriques, dont celles de Beauharnois, Les Cèdres et Rivière-des-Prairies.

Deux soumissionnaires avaient été invités à présenter une proposition dans ce projet, mais seule Milieu a répondu à l’appel de la Ville de Saint-Hyacinthe. Milieu lui a présenté une offre de services de 30 321 $ qui a été acceptée par le conseil municipal le 22 juillet, en séance extraordinaire. La Ville s’est ainsi pliée à une demande que lui avait adressée Pêches et Océans Canada. « On n’a pas le choix d’y donner suite », a expliqué le conseiller Bernard Barré lorsqu’il a proposé, en séance, l’octroi du contrat à la firme Milieu. « Est-ce qu’on nous dit ce que c’est, des anguilles juvéniles? », a questionné le maire, Claude Bernier. « Le rapport va en faire état », lu a répondu le directeur général, Louis Bilodeau.

Préoccupant

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada estime aujourd’hui que le cas de l’anguille d’Amérique est préoccupant. Pêcheurs et chercheurs ont confirmé que ce poisson, jadis très abondant dans tout le bassin du Saint-Laurent, y a perdu du terrain au cours des dernières décennies. « Les anguilles adultes se trouvant dans la partie amont du Saint-Laurent montrent des signes de déclin », soutiennent quatre biologistes québécois qui ont écrit sur le sujet dans la revue Le Naturaliste canadien, hiver 2007.

L’anguille n’est pas citée non plus dans la liste des 54 espèces de poisson qui ont été recensées par les ministères de l’Environnement et des Richesses naturelles dans le bassin de la Yamaska entre 1995 et 2003.Auteurs du tout nouveau guide « Poissons d’eau douce du Québec et des Maritimes », paru au printemps 2013, Jean-François Desroches et Isabelle Picard, tous deux biologistes, entretiennent aussi des doutes sur la présence de l’anguille dans la Yamaska.« Il existe des mentions « historiques » d’anguilles dans la rivière Yamaska, en amont, presque jusqu’au lac Brome, de même que dans la rivière Noire (un tributaire), dans les années 1960, début 1970 (ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche). L’espèce n’y a pas été recensée en 1995 lors des inventaires du ministère de l’Environnement. Il est fort probable qu’elle y soit maintenant absente; elle a décliné ou disparu de plusieurs rivières depuis quelques décennies », ont-ils écrit au COURRIER. L’anguille a-t-elle vraiment disparu de ce bassin versant? L’étude financée par Saint-Hyacinthe apportera peut-être la réponse à cette question.La chef des communications à la Ville de Saint-Hyacinthe, Caroline Nadeau, a indiqué que les experts allaient s’intéresser principalement aux anguilles juvéniles en montaison, c’est-à-dire à celles qui, normalement, devraient pouvoir franchir le barrage Penman’s, où une minicentrale hydroélectrique est exploitée depuis 1994, afin de poursuivre leur route vers les embranchements du bassin qui coulent en amont de Saint-Hyacinthe.Étant donné que toutes les anguilles d’Amérique, comme celles d’Europe, vont se reproduire dans la mer des Sargasses, à l’est des Antilles, les larves doivent entreprendre un voyage d’un an dans l’Atlantique, au gré des courants marins, pour atteindre les habitats d’eau douce. À l’approche du continent, la larve se transforme en civelle (l’anguille juvénile), qui deviendra l’anguille jaune au bout de quelques années, puis l’anguille argentée, rendue à maturité. Au terme d’une période de 15 à 30 ans passée en eau douce, ou dans les eaux saumâtres de l’estuaire du Saint-Laurent pour un petit nombre, l’anguille argentée retourne à la mer des Sargasses pour y frayer, puis y mourir d’épuisement.

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