15 décembre 2011
Fadette dit non à la cyberintimidation
Par: Le Courrier
Katherine, Andréa et leurs enseignantes Kim-Renée Richard et Sylvie Racine présentent les ébauches de tapis de souris réalisés dans le cadre d'un projet pour lutter contre la cyberintimidation.

Katherine, Andréa et leurs enseignantes Kim-Renée Richard et Sylvie Racine présentent les ébauches de tapis de souris réalisés dans le cadre d'un projet pour lutter contre la cyberintimidation.

L’école Fadette ressemble à toutes les écoles secondaires du Québec. À un détail près. Ici, des élèves ont pris d’assaut le problème de la cyberintimidation, qui fait couler beaucoup d’encre au Québec depuis le suicide d’une adolescente qui en était victime en Gaspésie.

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La jeune Marjorie Raymond, qui avait fréquenté l’école primaire à Saint-Pie, a mis un visage sur un problème qui se vit à travers tout le Québec. Bien avant son triste drame, les élèves du volet arts de troisième secondaire planchaient déjà sur la campagne « Bloc et souris », épaulés les enseignantes Kim-Renée Richard et Sylvie Racine et par l’intervenante Nathalie Faucher. Mené par et pour des jeunes, le projet visait à lutter contre l’intimidation sur les réseaux sociaux.

Armés de tapis de souris et de bloc-notes, les élèves ont mené de front une offensive pour faire comprendre aux adolescents des trois écoles secondaires maskoutaines qu’il y avait péril en la demeure. Leur projet a fait des vagues, si bien qu’ils ont remporté un grand prix au Gala de reconnaissance de la commission scolaire à la mi-novembre. Sur la vidéo qui présentait leur projet, on pouvait entendre des élèves discuter : « Il faut agir avant le pire. Le pire, c’est de penser au suicide. »« Quand j’ai appris l’histoire de Marjorie, ça m’a touchée, raconte aujourd’hui Katherine Pineda, très impliquée dans la campagne. Ça m’a mise en colère parce qu’ici, on avait fait quelque chose. On avait des outils et un message à passer. Si on avait pu l’exporter dans toutes les écoles, ça aurait peut-être évité un drame. »À l’école Fadette, ce projet venait répondre à un nouveau phénomène : des chicanes qui naissent sur Facebook, se transportent à l’école, puis dégénèrent davantage sur le réseau social le soir venu.Il y a quatre ans, un comité avait été créé à l’école pour lutter contre l’intimidation, parce qu’elle était confrontée à des cas lourds, à des élèves qui voulaient changer d’école. L’initiative a porté fruit, si l’on en croit les élèves, qui voient désormais peu de cas d’intimidation dans les corridors. Mais avec les réseaux sociaux, ce n’est pas toujours simple de dénoncer les actes de cyberintimidation, ont constaté les adolescents. Plusieurs « amis Facebook » ne sont pas de « vrais amis » à l’école, mais plutôt des connaissances. Aussi les cybertémoins ne se sentent-ils pas toujours à l’aise de confronter les cyberagresseurs en personne. « On ne sait pas trop comment agir », laisse tomber Andréa.Car si la nouvelle génération maîtrise les nouvelles technologies, elle est néanmoins la première à vivre ses prises de bec au grand jour, partout sur le Web. « On est dépassé par le phénomène Facebook, admet Mme Richard. Les jeunes sont plus au fait que nous, mais ce n’est pas une raison pour les laisser à eux-mêmes face aux problèmes qui émanent des réseaux sociaux. Le projet visait à freiner la dérive. »Les élèves espèrent pour leur part que la tragédie de Marjorie éveille les esprits partout au Québec, comme c’est déjà le cas dans leur milieu scolaire.« Quand on entend des directions d’écoles mentionner que ça se passe à l’extérieur de leurs murs et que c’est hors de leur contrôle, c’est faux, martèle Andréa. Ils doivent s’en mêler. Facebook c’est nouveau, mais ça ne disparaîtra pas de sitôt. On ne peut pas fermer les yeux. »Et le problème commence de plus en plus jeune, selon les élèves et leurs enseignantes, qui aimeraient bien trouver de généreux donateurs pour imprimer du nouveau matériel et élargir leur campagne aux écoles primaires. « C’est en faisant de petits pas qu’on arrive à de grands changements, rappelle Mme Racine. En matière d’intimidation, il faut faire de la prévention très jeune, avant que ça commence. Avant que ça détruise nos enfants. »

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