6 septembre 2018
Démantèlement du Grand Rang
Faire la lumière
Par: Martin Bourassa

Peu à peu, le mystère du démantèlement possible du Grand Rang commence à se dissiper, si vous me permettez l’expression. Depuis que circule l’idée que cette route pourrait se terminer en cul-de-sac avec l’ouverture du tunnel dans le prolongement du boulevard Casavant situé tout près, plusieurs se sont demandés d’où pouvait bien venir cette idée en apparence saugrenue, à commencer par moi-même et les producteurs agricoles du secteur qui empruntent régulièrement cette voie stratégique.

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Était-ce l’idée de la Ville de Saint-Hyacinthe, du Canadien National (CN) ou du ministère des Transports, de l’un et l’autre, ou encore toutes ces réponses? Ou bien était-ce une décision nécessaire, imposée par souci de sécurité, commandée par la distance trop courte entre les accès du tunnel et le passage à niveau du Grand Rang?

C’est ce que nous avons tenté d’éclaircir au cours des dernières semaines. Disons que nos premières discussions avec la Ville de Saint-Hyacinthe n’avaient pas été tellement éclairantes. D’où la nécessité d’une rencontre au sommet avec la direction générale. Et rencontre il y a effectivement eu avec Louis Bilodeau.

C’est alors qu’on a compris un peu mieux ce qui se trame en coulisse.

Le démantèlement du passage à niveau du Grand Rang n’est pas obligatoire. Il a seulement fait l’objet d’une entente entre la Ville de Saint-Hyacinthe et le Canadien National, maître d’œuvre des travaux du tunnel Casavant.
Comme cette infrastructure en devenir sera la propriété de la Ville de Saint-Hyacinthe, pour des raisons de subventions, et que cette dernière n’est pas très chaude à l’idée de l’entretenir, elle s’est tournée du côté du CN, grand spécialiste de ce genre de chose.

D’où le fameux deal en question. Pour acquitter cette responsabilité, le CN aurait exigé que la Ville consente au démantèlement du passage à niveau. Et la Ville a acquiescé avec empressement. Il faut dire que ce cul-de-sac anticipé sert sa cause, puisque l’aménagement d’une voie alternative est inclus dans une demande de dézonage devant la Commission de protection agricole du Québec (CPTAQ). Outre le dézonage du terrain qui pourrait servir à accueillir l’usine Exceldor, cette demande comprend le prolongement de la rue Charles-Gilbert, qui deviendrait forcément la voie de rechange vers Casavant, après un détour obligé par l’avenue Pinard.

Disons que cette solution n’a pas soulevé beaucoup d’enthousiasme auprès des producteurs agricoles, notamment. Et encore une fois, force est d’admettre que la Ville n’a pas fait un excès de consultation dans ce dossier jusqu’ici, outre entretenir le flou autour de ses intentions et sur le bien-fondé de démanteler le passage à niveau.

Le plus curieux, c’est que le directeur général a répété deux fois plutôt qu’une que la Ville de Saint-Hyacinthe était souveraine dans cette décision, qu’elle n’avait pas à demander de permission pour décider du sort du Grand Rang.

Disons que cette prétention n’a pas résisté longtemps à notre analyse.

Au ministère des Transports, on nous a indiqué que la Ville de Saint-Hyacinthe devrait obligatoirement obtenir son accord pour modifier la vocation et l’allure de cette route collectrice vers l’autoroute 20. On nous l’a écrit noir sur blanc et même répété quand nous avons manifesté notre scepticisme en raison de l’assurance manifestée par le directeur général. M. Bilodeau avait tellement l’air sûr de son affaire, vous comprenez. Mais notre métier nous incite à vérifier tout ce qu’on nous raconte.

C’est d’ailleurs ce que nous avions fait récemment quand cette même direction générale soutenait que le règlement d’emprunt de 23,7 M$ pour la construction du centre de congrès avait été ajusté à la hausse en cours de route. Ce qui n’a jamais été le cas bien entendu, puisque la Ville de Saint-Hyacinthe a puisé 12,4 M$ dans le fonds général pour acquitter la facture finale. Le 18 juin dernier, les élus ont même dû préciser le tout par résolution, à la suite de notre reportage du mois d’avril.

Pour revenir au dossier du démantèlement du Grand Rang, on ne sait pas trop encore qui et quand se prendra la décision finale. On sait cependant maintenant que c’est un souhait formulé par le CN et que la Ville ne dirait pas non. On sait aussi, et ce n’est pas anodin, que ce n’est pas automatique. Le ministère des Transports aura son mot à dire. Pourrait-on maintenant avoir l’assurance que les gens seront consultés?

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