21 mai 2020
Surplus de lait
Faire les choses autrement : réponse à Peter Strebel
Par: Le Courrier

Bonjour M. Strebel, représentant des producteurs de lait de la Montérégie-Ouest, et autres producteurs laitiers du Québec, aujourd’hui, en particulier avec la COVID-19, il y a une chose que j’ai de plus en plus de difficulté à entendre : on le fait comme cela parce qu’on l’a toujours fait ainsi!

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M. Strebel, à la suite de la lecture de l’article « Le lait en manque de clients » paru dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 9 avril, je comprends très bien votre « raisonnement » quand vous dites que vous devez jeter le lait, car il n’y a plus de place pour le traiter. Mais je n’y adhère pas du tout.

C’est assez bizarre, avant la COVID-19, il n’y avait pas trop de problème pour traiter tout le lait produit au Québec. Il y a donc une capacité de transformation adéquate pour tout ce lait. Par contre, je comprends qu’il peut y avoir certains problèmes pour la cueillette liés à la maladie ou l’absentéisme à cause de la COVID-19.

Mais c’est sûrement gérable. Gérable, comme le font toutes les épiceries du Québec. Et je comprends aussi que le marché canadien est présentement saturé à 100 %. Je comprends aussi très bien le système de gestion de l’offre qui fait en sorte que les producteurs reçoivent un juste prix pour leur travail. Je n’ai pas de problème avec ça.

Mais si l’on considère que tous les producteurs de lait vont recevoir les mêmes montants, peu importe s’ils jettent leur lait ou non, et que la capacité de transformation est là, il y a sûrement moyen de trouver une solution. Si les producteurs reçoivent les mêmes montants, il n’y a qu’à trouver une solution pour les transformateurs. Je trouve inacceptable de jeter tout ce lait. Et je trouve encore plus inacceptable que l’on me dise que l’on a toujours fait ainsi, sans chercher plus loin, sans chercher des solutions qui vont plus loin que le bout de notre nez (c.-à-d. frontière).

Une de ces solutions serait de trouver, avec le fédéral (car c’est sous sa juridiction) ou même avec Québec si c’est possible, un moyen pour transformer ce lait et l’acheminer dans les « pays pauvres » où la famine frappera très fort, selon l’ONU. Présentement, ces pays n’achètent sûrement pas de nos produits laitiers. Cela ne ferait donc aucune différence dans notre gestion de l’offre.

Le fédéral pourrait simplement rembourser les coûts de transformations, au prix coutant bien sûr. Pas question qu’une entreprise fasse des millions avec tout cela. Personne ne perdrait d’argent et, collectivement, on aurait un énorme sentiment d’avoir aidé ceux qui mourront de faim dans les prochains mois. Ça ne les sauvera probablement pas tous, mais au moins, comme Québécois, on pourra dire que l’on aura fait une différence.

Mais vous continuez de jeter votre lait. En fait, c’est un peu notre lait, car on l’a déjà payé via le système de gestion de l’offre.

Une solution qui n’est qu’à quelques coups de téléphone pour que cela fonctionne. Si, bien sûr, la volonté d’aider est au rendez-vous, si la volonté politique est là.

Daniel Malenfant, Saint-Hyacinthe

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