12 janvier 2012
Faire parler un mort
Par: Martin Bourassa

Il y a quelques jours à peine, j’écrivais que l’arrestation de Paul Laplante avait été le fait saillant, l’événement de l’année 2011 dans l’actualité maskoutaine. Je me risquais même à prédire que son procès serait celui de 2012.

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Il y a quelques jours à peine, j’écrivais que l’arrestation de Paul Laplante avait été le fait saillant, l’événement de l’année 2011 dans l’actualité maskoutaine. Je me risquais même à prédire que son procès serait celui de 2012.

Ben je me suis trompé. Ce sera peut-être son suicide.Paul Laplante a mis fin lui-même au spectacle. Il a décidé de tirer le rideau et de choisir sa propre conclusion. Certains ont écrit qu’il emporte avec lui sa version de l’histoire. Je persiste à penser que même s’il en avait choisi autrement, nous n’aurions jamais eu sa version à lui. Il aurait fallu se débrouiller avec celle rassemblée par les policiers.Nous n’aurons pas droit à cette version non plus. Mais est-ce bien grave, est-ce une tragédie pour autant? Je n’en suis pas convaincu. Je pense même que ses enfants pourront très bien vivre sans ce procès sur la place publique, sans tous les détails étalés à la une des journaux et des bulletins de nouvelles.Ils pourront certainement avoir accès sur demande à l’enquête policière, mais ils pourront alors apprécier la preuve en toute intimité. À moins qu’il y ait des fuites au cours des prochains jours, ce qui ne m’étonnerait même pas.Le grand cirque médiatique fait déjà ses choux gras de ce suicide. On analyse ce geste, on se demande s’il faut y voir un aveu de culpabilité ou pas, et on essaie de deviner les sentiments que doivent ressentir ses enfants. On s’interroge sur le travail des gardiens de prison, sur son état d’esprit récent et même sur le travail des journalistes.Les spécialistes spéculent… et les avocats fabulent! On essaie de faire parler un mort.C’est un petit jeu dangereux et ne comptez pas sur moi, ou si peu, pour me mettre dans sa peau ou dans sa tête. Je passe mon tour. Un qui aurait dû en faire autant est l’un des anciens avocats de Paul Laplante, Me Robert La Haye. Ce dernier a même été jusqu’à pointer du doigt le public afin d’expliquer le geste de son ancien client pour qui, dit-il, le principe d’innocence devrait s’appliquer, malgré son décès.« Il était pointé du doigt comme coupable malgré la présomption d’innocence (…) Comment aurait-on pu trouver un jury pour lui faire un procès impartial avec le procès parallèle qui lui a été fait sur la place publique? (…) Il a décidé de se juger lui-même, probablement parce qu’il ne croyait plus dans le système de justice. »Dépeindre Paul Laplante comme une victime, il faut quand même le faire, non?Accuser le public est encore pire. À ce que je sache, Paul Laplante n’a pas été trop maltraité au cours des quatre dernières années. Il a pu continuer à profiter de la vie et de ses nombreux avantages. Du moins pas mal plus que son épouse, non?Il aurait aussi eu tout le loisir de défendre sa réputation et son innocence lors d’un procès. Eh oui, on aurait certainement pu trouver un jury impartial. Ne l’a-t-on pas fait dans le cas du Dr Turcotte, acquitté du meurtre de ses enfants?En ce qui me concerne, si Paul Laplante a décidé de se juger lui-même, ce n’est pas parce qu’il ne croyait plus dans le système de justice.C’est pour garder le contrôle et par lâcheté.

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