7 décembre 2017
Focus sur le Musée régional 
Par: Le Courrier

L’objet fait ressurgir l’histoire. Anecdote. En début d’été, il y a quelques années, je faisais le parcours des trouvailles ici à Saint-Hyacinthe. Sur une table, un objet attira mon attention. Il s’agissait d’un petit crucifix ancien. J’en demandai le prix à la jeune dame qui me l’offrit pour 2 $. Je lui posai alors une question : « Avez-vous eu un décès d’enfant dans la famille? » « Pas que je sache, répliqua-t-elle, pourquoi me demandez-vous ça? » « Parce qu’il s’agit ici d’un petit crucifix de cercueil d’enfant, argenté et blanc, et surtout, avec quatre petits trous témoignant d’avoir déjà été fixé avec des petites vis, ce qui n’est pas le cas d’un crucifix ordinaire de maison. » Une dame âgée qui se berçait sur le balcon éleva la voix et dit : « Oui, ta grande tante Malvina (nom fictif) renversée par une auto quand elle avait 8 ans. » La jeune femme, après un moment de stupéfaction, reprit vivement le petit crucifixà deux mains, le porta à sa poitrine en reculant d’un pas et me dit d’une voix émue : « Il n’est plus à vendre monsieur, désolé. » « Ne soyez pas désolée madame, au contraire. » Puis, elle ajouta en regardant la dame : « Faudra me raconter ça grand-maman. »

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Elle venait sans le savoir de créer son tout nouveau petit musée personnel, et beaucoup plus important encore, un nouvel intérêt pour un événement familial qu’elle ignorait jusque là. On peut parier sans risque qu’elle sortit le même soir un album de photos pour y chercher la fillette « tanteMalvina ».
C’est ainsi que commence un musée, par la collecte d’objets, de pages écrites, d’images. Ces objets qui nous font voyager dans le temps et que nous avons déjà en grande quantité et de belle qualité à Saint-Hyacinthe, trésors cachés, trop souvent oubliés. Il faut les sortir, les montrer, les raconter. Peut-être pourrait-il y avoir quelque part dans chaque maison un petit meuble vitré exposant quelques souvenirs de famille? Même chose dans les bureaux, magasins, entreprises, à la vue de la clientèle.
Une connexion à haute intensité avec la population deviendra le nerf de la guerre.
Si nous voulons que les citoyens actuels et futurs aiment davantage leur ville, il faut qu’ils la connaissent de plus en plus, et ce, grâce au Musée régional. En commençant par un espace important et permanent d’exposition du patrimoine maskoutain, lequelsera enrichi d’événements sporadiques à moyens et courts termes. Je vois le musée idéal comme une encyclopédie tangible qui serait installée dans un parcours attrayant et facile à visiter. Peut-être un couloir chronologique, ou autre concept créé par des compétences en la matière. Des expositions qui illustreraient les métiers et professions, les arts, anciens et actuels, les personnes importantes connues ou moins connues qui ont modelé la ville. Saint-Hyacinthe ne doit pas son existence et son évolution qu’à une petite poignée de personnes immortalisées sur des mosaïques de photos, mais aussi à tous ceux et celles qui y ont vécu et qui ont participé à son développement, qui ont fait que Saint-Hyacinthe est Saint-Hyacinthe, une ville spécifique, unique, et bien québécoise. Tous, de l’Abbesse au Zouave, y trouveront quelque part une petite parcelle d’eux-mêmes. On parlera des familles, des entreprises et de leur patrimoine bâti. Celui ou celle qui y aura trouvé cette petite parcelle, sortira tout souriant avec le goût d’y revenir avec des amis après avoir dit : « On parle de moi. On parle de toi. Viens voir il y a des outils de ton métier, une photo de ta tante à l’usine. » Une constante connexion entre le musée et les citoyens deviendra le nerf de la guerre. Par exemple, l’actuelle exposition à Expression « Nous sommes tous des brigands » qui a fait appel à la population pour réunir les objets nécessaires ou complémentaires. Voila bien un mode à répéter. Car le musée appartient à tous les citoyens, ils le paient. Il deviendra alors un musée populaire, rassembleur et visité souvent avec grand intérêt, ce qui le fera passer à la pérennité. Un musée qui fera aussi vitrine pour les municipalités avoisinantes qui dans ce cas, se feront très certainement un plaisir de s’y associer. Et enfin, qui sera géré par despersonnes qualifiées assistées de gens de la population et de bénévoles passionnés.
Alors le musée maskoutain appartiendra à tous les Maskoutains qui s’en sentiront fiers propriétaires.
Serge Locas

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