28 mars 2013
France Martin, instruite et libre
Par: Martin Bourassa

France Martin a consacré toute sa vie à l’éducation, un milieu dans lequel elle gravite, grouille et s’active depuis 50 ans.

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Les chapeaux, elle les a tous portés au fil des ans : enseignante, suppléante, directrice d’école, cadre dans différentes commissions scolaires, puis consultante à diverses instances professionnelles ou gouvernementales.

Depuis sa retraite en 2004, elle n’a aucunement ralenti. Même que Mme Martin a pris les bouchées doubles en s’impliquant du côté plus politique de l’administration scolaire, à titre de commissaire d’école du secteur La Providence à Saint-Hyacinthe où elle a remplacé Raymonde Rivard.Compte tenu de sa vaste expérience et de son dynamisme à l’avenant, ses implications se sont multipliées. À la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSH) d’abord où elle est devenue vice-présidente du conseil en 2007, ensuite au Centre local de développement (CLD) Les Maskoutains. Mme Martin représente aussi la CSSH à l’organisme Jeunes en santé et à la Foire du livre de Saint-Hyacinthe.Au niveau régional et provincial, France Martin siège au sein des comités de concertation traitant de Loisirs et de Femmes et développement régional à la Conférence régionale des élus de la Montérégie Est. Elle représente aussi la CSSH à la Fédération des commissions scolaires du Québec, depuis la nomination de Richard Flibotte, président de la CSSH, à la vice-présidence de cette organisation.Localement, elle a aussi contribué à l’élaboration et la mise en oeuvre d’une politique de la famille pour l’ensemble de la MRC Les Maskoutains en tant que membre de la Commission permanente de la famille et siégé au conseil d’administration de la Fondation la Clé sur la porte, qui aide les femmes victimes de violence conjugale.Pour son enseignement fécond, son engagement de tous les instants pour la cause de l’éducation et ses nombreuses implications communautaires pour le bien et l’avancement de notre communauté, Le Courrier de Saint-Hyaicnthe et la Chambre de commerce et de l’industrie Les Maskoutains sont fiers de décerner le titre de personnalité du mois de mars à Mme France Martin.

Du privé au public

France Martin a vu le jour à Saint-Damase, mais n’y a pas grandi. Dès l’âge de neuf mois, toute la famille Martin déménage. Elle se retrouve à Rougemont avec ses trois soeurs plus âgées. Deux garçons complètent le clan.

C’est grâce à sa mère, une femme avant-gardiste, que France Martin a la chance de faire des études. « Pour ma mère, l’instruction, c’était la liberté, dit-elle. Il n’était pas question que ses filles se fassent vivre. Mon père a dû s’y faire! »C’est à l’école normale Marie Rivier à Saint-Hyacinthe, comme pensionnaire, que France Martin fait son apprentissage auprès des Soeurs de la Présentation de Marie.Rapidement, elle découvre que sa soif d’apprendre est insatiable. Elle cumule avec le temps les brevets d’enseignement classes B et A, un diplôme collégial, deux baccalauréats et même une maîtrise en administration scolaire à l’âge de 45 ans.Elle fait de Saint-Hyacinthe sa terre d’adoption en 1965 quand elle s’y installe avec son mari avec la ferme intention d’y travailler et d’y fonder une famille.Elle enseigne pendant sept ou huit ans avant qu’une première grossesse- son fils Patrick- ne l’oblige à démissionner, en raison des moeurs et des règles strictes du temps. C’est ensuite comme suppléante qu’elle reprend son travail.Puis, six ans plus tard, à la naissance de sa fille Stéphanie, elle doit revenir au travail avant son quarantième jour d’absence pour éviter que son contrat ne soit résilié. « Bien des jeunes ont du mal à y croire, mais ces anecdotes traduisent la réalité d’une époque. Les temps ont bien changé et à plusieurs égards pour le mieux pour les enseignants. »C’est à l’école primaire Roméo-Forbes qu’elle consacre le coeur de sa carrière pendant 20 ans, dont dix comme enseignante et dix comme directrice.« L’éducation, c’est un travail d’équipe. Une personne seule ne peut pas faire une différence et moi j’ai une tendance naturelle à bien m’entourer. Je n’ai jamais été fière de moi, mais fière de nous. C’est à Roméo-Forbes que j’ai été le plus heureuse avec des femmes de tête et de coeur. J’avais le sentiment qu’on avançait. J’ai le même sentiment aujourd’hui avec mes collègues commissaires. »Mme Martin s’engage par la suite dans une carrière de cadre aux commissions scolaires de l’Argile bleue et Val-Monts où elle s’occupe de services éducatifs et de toutes les questions liées à l’adaptation scolaire. Elle fera même quelques années au ministère de l’Éducation et terminera sa carrière comme responsable de l’adaptation scolaire à la CSSH, dans la mouvance des dernières fusions de commissions scolaires à la fin des années 1990. Après quelques petits mandats ici et là, elle se laisse tenter par l’aventure et est élue commissaire en 2004. On connaît la suite…

Des opinions tranchées

France Martin est une femme de convictions et d’opinions.

Au sujet du passage anticipé du collège privé Antoine-Girouard dans le giron de la CSSH et du réseau public, elle y voit un beau défi, une belle occasion pour le réseau public de démontrer toute sa valeur et sa souplesse.« La Commission scolaire a toujours évolué dans un environnement concurrentiel, dans un milieu où la tradition du privé est forte, voire historique. Lentement, mais sûrement, elle a ébranlé les croyances et a su s’imposer grâce à des gens brillants qui ont su apporter une couleur à l’organisation et on fait de leur travail une mission de vie. »Sur le Sommet de l’éducation supérieur, les idées de gel ou de gratuité scolaire à l’université, Mme Martin reste perplexe, au moment où l’on doit couper partout à la base et dans les commissions scolaires. Et à ceux qui suggèrent de sabrer dans les commissions scolaires et de les abolir, elle ne se gêne pas de répliquer qu’il n’y a pas de réelles économies à faire en les abolissant.L’une des choses qui l’enrage encore plus, c’est l’incohérence dont font preuve les employés du réseau d’enseignement public qui se tournent vers les écoles privées pour l’éducation de leurs propres enfants. « Disons que ça envoie un drôle de message… »Parlant de message, Mme Martin a profité de cette entrevue pour préparer sa sortie. Celle qui aura 70 ans en 2014 a décidé de passer le flambeau. Elle ne sera pas candidate aux prochaines élections scolaires. « Il faut savoir céder sa place à la relève et j’ai d’autres projets à réaliser avant de devenir vieille. J’aimerais bien retourner à l’école pour apprendre l’anglais. Il n’est jamais trop tard pour s’instruire vous savez! »

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