28 avril 2016
Grâce, force, mixité
Par: Martin Bourassa
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Gratia et Virtute. Par la grâce et par la force peut-on lire sur les armoiries du Collège Saint-Maurice. Il faudra ajouter à cette devise « Et par la mixité » puisque l’essor, pour ne pas dire le salut, de cette vénérable institution jadis réservée aux jeunes filles passe par une hausse des inscriptions et par l’ajout de testostérone.

Pour redonner du souffle aux inscriptions qui déclinent ou périclitent, la direction fait l’audacieux et inévitable pari de bonifier son offre de programmes et surtout d’ouvrir ses portes à la clientèle masculine. Qui l’eût cru?

Disons les choses franchement, cette ­annonce a ébranlé les colonnes du temple dans une communauté comme la nôtre, qui se remet à peine de la fermeture brutale du Collège Antoine-Girouard (CAG) en juin 2013. Difficile de ne pas voir l’ombre du CAG se dessiner derrière le Collège Saint-Maurice. L’ancien collège réservé aux garçons avait lui aussi dû négocier un virage forcé vers la mixité en 1991.

Sans grand succès faut-il préciser, même si ce virage n’a rien à voir avec la fermeture qui suivra 20 ans plus tard. Les essais et les erreurs du CAG sont cependant des enseignements qui doivent nous éclairer pour apprécier les défis qui se dressent ­devant le Collège Saint-Maurice. Sans être exagérément alarmiste, la sortie ­publique de la direction de Saint-Maurice est un signal que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous devons en prendre acte. Trop souvent depuis deux ou trois ans, nous entendons des anciens du Séminaire de Saint-Hyacinthe dire à quel point ils regrettent de ne pas avoir été mis dans le secret des dieux quant à la situation précaire de leur ­ancienne alma mater. Plusieurs auraient aimé avoir la chance de s’impliquer dans un plan de sauvetage. Dans le cas du Collège Saint-Maurice, on croit ­comprendre que la direction a au moins cinq ans devant elle pour renverser la ­tendance. Les anciennes ont donc le temps de se mobiliser pour apporter leurs idées et leur contribution, même si le plan de match semble bien engagé. Peut-être faudra-t-il recréer tout autour l’élan de solidarité d’avril 1992, qui lui a permis de renaître de ses cendres une première fois. Car de toute évidence, ce collège ne peut plus uniquement surfer sur son passé et sa tradition d’excellence. Il doit se débattre dans un environnement hautement ­compétitif et une pression accrue des établissements privés et même publics, puisque l’école publique n’est pas à court d’imagination et de programmes coûteux et variés. Le soutien des Soeurs de la ­Présentation de Marie est aussi essentiel au succès de cette transformation qui s’opère. Dans le cas du CAG, on ne peut nier que les relations tendues et les divergences d’opinions entre les autorités du Séminaire et la direction du collège devenu laïc ont eu une incidence certaine sur la décision de le fermer. Le fait que le CAG n’était pas propriétaire de ses installations, mais un simple locataire sans possibilité d’hypothéquer ses biens, limitait grandement ses options. La même situation prévaut actuellement à Saint-Maurice, sauf que le dialogue semble meilleur entre propriétaire et locataire, du moins pour l’instant.

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