4 avril 2019
Hommage à mon père
Par: Le Courrier

Mon père, je lui dois tout dans la vie. Depuis 23 ans, il est propriétaire d’un permis de Taxi à Saint-Hyacinthe. Il a toujours fait ce travail avec professionnalisme et il est avenant pour ses clients. Il a toujours valorisé le service rapide, courtois, dynamique et plusieurs de ses clients le soulignent régulièrement. Dans les faits, mon père exerce plusieurs professions.

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Mon père est le protecteur de vos parents aînés. Il est celui qui les aide à sortir de la voiture, leur apporte leur marchette, leur canne, déambulateur. Il est celui qui monte leur épicerie au 3e étage de leur appartement pour leur éviter des chutes ou de trop monter et descendre les escaliers à répétition. Il est peut-être la personne qui offrira un moment de discussion à votre mère cette semaine où vous êtes trop occupé pour la visiter.

Mon père est le protecteur de vos enfants. Il tente de les rassurer lorsqu’ils utilisent un taxi pour la première fois. Il leur rappelle des règles de sécurité en attendant votre retour.

Mon père est aussi votre protecteur. Lorsque vous prenez un verre de trop, il est là pour vous ramener chez vous sans en vivre les contrecoups et ne vous en tient pas rigueur même quand vous avez un trop-plein dans sa voiture. Il est aussi disponible lors des tempêtes lorsque vous décidez délibérément de prendre un taxi pour éviter des accrochages inutiles.

Mon père travaille en collaboration avec la sécurité publique parce que, contrairement à ce que vous pensez, les corps de police communiquent souvent avec les taxis pour demander de garder l’œil ouvert quand une personne est en fugue ou disparue. Il a votre bien-être à cœur.

Mon père est aussi une personne de soutien. Nombre d’entre vous partagez vos moments difficiles, vos peines, vos moments de découragement, et il tente toujours de vous aider à voir le positif.

Et mon père fait tout cela pour vous!

Depuis 23 ans, mon père travaille d’arrache-pied. Bien que maintenant, du haut de ses 65 ans, sa semaine de travail compte environ 50 heures, lors de ses débuts, c’était 70-80 heures par semaine de son temps qu’il vous accordait, au point où il en a hypothéqué sa santé. Durant mon adolescence, j’ai énormément partagé mon père avec vous, cher public, et j’en retire beaucoup de bonheur parce que, si aujourd’hui je fais mon métier, il y est sans doute pour quelque chose.

Les changements comme prescrits par le ministre Bonnardel dans l’industrie du taxi ne sont sans doute pas tous néfastes. Il est vrai que la modernité doit œuvrer dans ce secteur. Le tout nécessite cependant du respect envers les gens qui ont effectué ce boulot depuis des années. Le principal point qui fait réagir est la perte de la valeur du permis de taxi. Plusieurs propriétaires aussi dévoués que mon père se trouveront en faillite. Plusieurs familles et enfants en vivront de grandes répercussions.

Il est vrai que les taxis ont bloqué des rues et ralenti la circulation. On peut bien leur reprocher éternellement, mais que font-ils dans la vie? Ils conduisent! Alors, comment exprimer leur passion autrement qu’en effectuant quelque chose qui les passionne?

Certaines personnes m’ont aussi dit que les chauffeurs de taxi se plaignaient trop, que les camionneurs ont vécu la même chose et qu’ils y ont survécu. Je réponds : combien ont fait faillite? Combien ont dû vivre et faire appel au bien-être à la suite de cette crise? Combien ont vécu des moments tellement difficiles, qu’ils en sont venus à vouloir mettre fin à leurs jours ou se sont simplement suicidés? Devons-nous vraiment vivre une telle situation de nouveau?

Depuis plus de 40 ans, la loi sur l’industrie du taxi exige des normes très strictes. Il y a deux ans, le gouvernement a ouvert la porte à un service jusqu’alors jugé illégal, et le tout, sans modifier les règles du taxi. Donc, déjà depuis les deux dernières années, une inégalité, une injustice sont mises en place par le gouvernement dans l’exécution de ses propres lois. Les propriétaires, bien qu’ils aient manifesté leur mécontentement, ont continué de vous offrir leur service, mais surtout, ils ont continué de répondre aux règles mises en place, et ce, sans broncher. Un montant d’argent ridicule leur fut rendu comme compensation pour leurs pertes financières. Serait-ce le même montant mis en place dans le projet de loi 17?

Maintenant, à vous cher public qui utilisez les services de taxis ou non, comment réagiriez-vous si on vous informait, après 23 ans de loyaux services, que vous avez travaillé pour ne rien recevoir à votre retraite? Qui d’entre vous n’aurait aucune réaction de colère face à la perte d’un investissement de ce niveau? Tous ici ont droit à une retraite bien méritée, à la hauteur de leurs efforts. N’est-ce pas vrai, cher M. Bonnardel? Et vous, Mme Soucy, qu’allez-vous faire pour les trente-cinq propriétaires de taxi de la région maskoutaine? Et vous, M. Legault, qu’allez-vous faire pour les 22 000 familles concernées au Québec?

Marie-Mychèle St-Pierre,
Saint-Hyacinthe

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