30 novembre 2017
Hommage d’un fils à son père
Par: Le Courrier

Cette biographie a été écrite parce que je tenais à partager les enseignements de mon père.

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On pourrait lui reprocher ses absences, ses longues journées, week-end compris, au magasin, mais je sais bien que l’amour ne se mesure pas en heures.
Quand mon père et ma mère se sont rencontrés, il a choisi la jolie fille au grand cœur, elle a choisi le jeune homme ambitieux et généreux. L’un et l’autre se sont investis tout entier dans leur passion respective : ma mère, dans la gestion de la famille et dans la peinture moderne; mon père, dans le développement de la quincaillerie familiale et de sa communauté.
Mes parents ont toujours été présents l’un pour l’autre dans les moments importants de leur vie personnelle, familiale et professionnelle. Ce sont des gens aimants et aimés dans la communauté, de bons vivants! Il suffit de poser la question aux restaurateurs du coin…
Chez les Gagnon, les plaisirs de la table, c’est presque une religion. On mange pour célébrer un événement, on mange pour discuter affaires, on mange pour régler des problèmes, on mange quand on est inquiet, on mange pour accueillir un nouveau membre de la famille, et, finalement, on mange juste pour le bonheur de se voir, de discuter et… de boire du bon vin!
Mon père est un homme clairvoyant capable d’anticiper les grandes tendances, mais aussi de déceler les jeux de coulisse avec lucidité, même s’il est naturellement porté à voir d’abord l’homme bon que chacun porte en lui. Dans ses batailles, il reste fidèle à lui-même en s’appuyant sur une grande connaissance des faits et sur le pouvoir de la vérité.
C’est en travaillant à ses côtés que j’ai commencé à comprendre cet homme à part. Étant quincailliers de descendance tout autant que de nature, nous tirons tous les deux une grande satisfaction des conseils donnés aux clients pour les aider à réaliser leurs projets. J’ai toujours trouvé fascinant de voir la proximité que mon père développe avec les gens. Il prend des nouvelles de la conjointe de l’un, s’intéresse aux enfants de l’autre et discute des derniers événements dans la communauté, toujours en prenant position. À la grande surprise de ses interlocuteurs, il lui arrive d’en savoir plus sur la généalogie de ses vis-à-vis qu’eux-mêmes! « Ton oncle s’est installé à Saint-Hyacinthe en 1963, il était marié avec une petite Lemoyne, d’Arvida… » Et avec les années, je me suis rendu compte que ce qui retient particulièrement l’attention de mon père à l’égard des gens, ce sont leurs réalisations, ce qu’ils ont accompli, que ce soient de grandes ou de petites choses, dans leur vie personnelle ou dans le travail.
Mon père est un homme de chiffres, méthodique, rigoureux, pratique, totalement ancré dans la réalité, et tourné vers l’action. Paradoxalement, plusieurs l’ont vu, submergé par l’émotion, s’arrêter un moment pour tenter de réprimer une larme pendant l’un de ses nombreux discours. Il possède d’ailleurs un doigté exceptionnel pour communiquer son point de vue et les leçons que la vie lui a enseignées. À tel point que Gregory Charles, lors d’un spectacle-bénéfice, l’a remercié de lui laisser faire la deuxième partie de son spectacle!
Mon père n’a jamais été un grand donneur de conseils – comme l’a dit Sénèque : longue est la voie des préceptes; courte et infaillible, celle des exemples -, mais il aime voir que l’on s’inspire de ses vertus, telles que l’effort, la discipline, l’intégrité, la générosité et la résilience.
C’est sans doute là le plus grand enseignement de cet homme à son fils, un enseignement jamais exprimé dans les mots, mais incarné chaque jour dans la conduite de sa vie. Un enseignement qui indique, peut-être, la direction de quelque chose qui s’approche du bonheur.
Cet enseignement consiste pour moi à chercher non pas son propre reflet en toute chose, mais plutôt à se réaliser chaque jour en poursuivant ses rêves et en restant fidèle à soi-même, tout en produisant des bénéfices pour les autres, autant dans son travail que dans sa famille, ses amours et sa communauté.
Quatre piliers comme les quatre pattes d’une chaise bien solide sur laquelle se reposer un instant en contemplant avec satisfaction le chemin parcouru et tout ce qu’il reste encore à faire.
Avec toute mon affection et mon admiration,

Stéphane Gagnon

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