29 septembre 2016
Juste la fin du monde
Houleuse réunion de famille
Par: Sarah Daoust Braun
Houleuse réunion de famille

Houleuse réunion de famille

Après avoir été coiffée du Grand Prix à Cannes en mai, la nouvelle offrande de Xavier Dolan, Juste la fin du monde, arrive enfin au Québec. Cette adaptation de la pièce du même nom de Jean-Luc Lagarce est d’une grande qualité certes, mais n’est certainement pas l’œuvre la plus forte du répertoire du jeune prodige.

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Les attentes étaient grandes envers le 6e long-métrage du réalisateur de 27 ans, qui se fait plaisir en réunissant ici un casting cinq étoiles 100 % français : Marion Cotillard, Vincent Cassel, Léa Seydoux, Nathalie Baye et Gaspard Ulliel. Ces derniers se glissent dans la peau d’une famille légèrement dysfonctionnelle, où l’amour rime avec la dispute. Après 12 ans d’absence, le cadet Louis (Ulliel) décide de retourner dans son patelin natal et d’organiser des retrouvailles avec sa mère (Baye), sa sœur (Seydoux), son frère (Cassel) et sa belle-sœur (Cotillard). C’est surtout pour annoncer sa mort prochaine que Louis, écrivain, décide de renouer avec ses proches. Alors que se trame en apparence un simple dîner en famille sous le chaud soleil de l’été, chacun adresse son lot de reproches au revenant. 

Après Tom à la ferme (2013), Xavier Dolan signe de nouveau l’adaptation d’une pièce de théâtre. Cette fois, c’est celle du dramaturge français Jean-Luc Lagarce, parue en 1990, où l’incommunicabilité et du non-dit sont rois. À cela s’ajoutent des thèmes récurrents du cinéma du réalisateur comme la relation mère-fils et l’amour tumultueux, sous fond de mélodrame et d’emportements. À la différence du précédent et très émotif Mommy (2014), Juste la fin du monde offre cette fois-ci une approche un peu plus froide. Peut-être est-ce attribuable à la particulière langue de Lagarce, au rythme et aux subtilités différentes de celle à laquelle Dolan nous a habitués. 

Ce dernier met en scène – et dirige d’une main de maître – cinq protagonistes à fleur de peau qui s’entendent mais ne s’écoutent pas, et qui se perdent parfois dans des questionnements sans réponse et des tirades sans fin. Et parfois, nous aussi on s’y perd un peu. 

Le tout s’appuie sur une mise en scène soignée et léchée, mais quelques fois un peu trop appuyée, où le réalisateur affirme toujours plus son style : plans très rapprochés, musique éclectique, voile au vent, direction artistique éclatée. À la photographie, André Turpin magnifie les personnages à l’aide de contre-jours et de jeux d’ombre dans des cadres qui évoquent le sfumato de la Renaissance et qui renforcent l’impression de cloisonnement et d’étouffement physique et psychologique. 

Puisque la comparaison est inévitable, Juste la fin du monde est un film d’une grande beauté, mais qui manque d’un certain je-ne-sais-quoi rassembleur à l’image de Mommy ou de J’ai tué ma mère.

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