25 juin 2020
Food trucks à Saint-Hyacinthe
Interdits… et plus populaires que jamais
Par: Rémi Léonard

Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Existe-t-il une confusion en ce moment sur la présence de food trucks à Saint-Hyacinthe? Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

La Ville de Saint-Hyacinthe a confirmé la semaine dernière que les camions de cuisine de rue ne sont pas permis sur son territoire, au moment même où les initiatives se multiplient, apparemment sans rencontrer de problème.

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Au cours la dernière fin de semaine, au moins cinq food trucks ont été aperçus dans la ville, selon une simple recension faite à l’œil. Le vendredi précédent, la directrice des communications de la Ville de Saint-Hyacinthe, Brigitte Massé, assurait que les camions vendant de la nourriture sont tout simplement interdits dans la ville.

C’est aussi l’information qui a été transmise aux élus municipaux, a rapporté le conseiller Bernard Barré. Il a néanmoins admis que cette réglementation, déjà en place depuis plusieurs années, était en quelque sorte tombée dans l’oubli. Doyen du conseil, lui-même n’avait pas réalisé immédiatement l’infraction lorsque l’un de ces camions est arrivé dans le stationnement de l’épicerie de son quartier, ce printemps. Il a ensuite demandé à l’administration de clarifier l’encadrement des food trucks à Saint-Hyacinthe, pour apprendre qu’une interdiction était belle et bien en vigueur. Malgré les apparences, il n’y a pas de tolérance à cet égard, a aussi précisé M. Barré. C’est aux inspecteurs de l’urbanisme d’émettre des constats en cas d’infraction, a-t-il ajouté. Si le dossier a été discuté en privé entre les élus municipaux, aucune prise de position publique n’en est toutefois sortie.

Dans tous les cas, cette réglementation est largement méconnue. Joint par LE COURRIER, le propriétaire de la Piazzetta, Sylvain Ayotte, qui opère également quelques food trucks dans la région, a indiqué n’avoir jamais entendu parler de cette interdiction et n’avoir jamais été averti par la Ville.

On comprend que l’engouement pour les food trucks a pris de l’ampleur plutôt récemment. Apprenant du COURRIER tous les cas récents rapportés, le conseiller Barré a jugé qu’il « va falloir qu’il arrive quelque chose » pour que la réglementation soit appliquée. Évoquant toutes les taxes que doivent assumer les restaurants qui ont pignon sur rue, il affirme qu’il est « juste normal » d’interdire les camions de cuisine de rue.

Un refus particulier

Pendant que plusieurs initiatives commerciales se déploient avec l’arrivée du beau temps, la Ville a toutefois refusé récemment une demande pour la tenue d’une activité caritative à Saint-Hyacinthe. L’organisatrice, Annick Daviau, prévoyait inviter un traiteur pour vendre des hot-dogs et des hamburgers dans le stationnement des Galeries St-Hyacinthe au profit de l’organisme Sclérose en plaques St-Hyacinthe-Acton. Celle qui est propriétaire du Centre du rasoir voulait simplement tenir une activité plus petite pour remplacer le traditionnel souper-bénéfice qu’elle organise normalement avec son conjoint Robin Tanguay pour cette cause, mais qui a été annulé ce printemps en raison de la COVID-19.

Bien consciente de cet enjeu, Mme Daviau avait préalablement demandé l’autorisation des Galeries et de la santé publique pour cette activité, ce qui n’a pas été un problème, à la condition de respecter les quelques règles d’hygiène et de distanciation nécessaires. C’est plutôt au Service de l’urbanisme, qu’elle a contacté de bonne foi, qu’on lui a posé une fin de non-recevoir, car la nourriture était préparée à l’extérieur.

Elle s’est donc finalement tournée vers le sociofinancement pour tenter de remettre tout de même une somme à cette cause en 2020. On peut retrouver le lien sur la page Facebook de Sclérose en plaques St-Hyacinthe-Acton.

Déçue, Mme Daviau s’est par la suite sentie carrément flouée lorsqu’elle a constaté la présence de food trucks à Saint-Hyacinthe, et pas nécessairement pour des activités caritatives. Elle en conclut que la meilleure façon d’opérer ce type de commerce, c’est de ne pas demander la permission à l’hôtel de ville. D’ailleurs, la Ville elle-même n’hésite pas à inviter des food trucks dans ses propres activités, comme Saint-Hyacinthe en blanc ou la fête nationale, sans parler du Poutinefest qui se tient au parc Casimir-Dessaulles en collaboration avec le Service des loisirs.

Le règlement en question

À la demande du COURRIER, la Ville a identifié en début de semaine l’article précis qui interdit les camions de cuisine de rue sur son territoire. Contenu dans le règlement municipal 77, qu’on retrouve sous la section « bruit » sur le site Internet municipal, l’article 23 interdit effectivement d’exploiter un « restaurant ambulant », mais seulement « dans les rues ou places publiques de la Ville ». Or, tous les food trucks aperçus récemment à Saint-Hyacinthe ont été installés sur des terrains privés. C’était aussi le cas de l’activité d’Annick Daviau (stationnement des Galeries). Le règlement ouvre également la porte à ce type de restaurants lors « d’événements spéciaux », avec la permission de la Ville.

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