7 février 2013
Isabelle Hayeur : de vrais faux paysages
Par: Le Courrier

Avec son exposition Vraissemblances présentée jusqu’au 21 avril à Expression, Centre d’exposition de Saint-Hyacinthe, l’artiste Isabelle Hayeur pose un regard critique environnemental et urbanistique à la fois, à partir de vraies fausses images. Parfois accablantes, parfois un brin humoristiques, il n’y a pas de doute, voici des images qui valent mille mots.

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Photographe, fabricante d’images vraisemblables et artiste à la fois poète et engagée, tel que la décrit le commissaire de l’exposition Marcel Blouin, Isabelle Hayeur utilise la photographie numérique comme un peintre emploie la peinture. Collées sur les murs d’Expression afin de donner l’impression d’une fenêtre ouverte sur le monde, les oeuvres d’Isabelle Hayeur sont des montages photographiques auxquels elle façonne un paysage inexistant.

« Les oeuvres d’Isabelle se situent dans l’ordre de la présentation plus que dans la représentation. Et ce que j’aime, c’est la réception en deux temps de ces oeuvres qui nous inspire d’abord un certain réconfort par ces images plausibles et parce qu’elles sont belles. Mais en même temps, plus on porte attention à ce que l’on voit et plus le doute s’installe », soulève Marcel Blouin.Avec la série Maisons modèles, à laquelle elle a donné des noms de femmes à toutes ces oeuvres, l’artiste illustre le faux de paysages qui semblent réels. Des Monsters homes, à influence américaine, installées sur des terres dont le paysage a été transformé font un clin d’oeil aux nouveaux quartiers en développement.« Ce sont des lieux déconnectés de leur apparence initiale que l’on s’approprie. Il y a des gens qui vivaient dans ces lieux et qui n’ont plus les moyens d’y rester. Et c’est triste pour eux, parce que, ils ont peut-être fait de l’argent en cédant leurs terrains, mais ils sont totalement dépossédés », explique Isabelle Hayeur. Avec la série Excavations, l’artiste met également en lumière l’invisible de notre paysage. Ce qui est sous nos pieds et que l’on ne voit pas. L’oeuvre Traces illustre d’ailleurs l’histoire qui se trouve sous terre, mais aussi sa vulnérabilité face au changement.« Ici, on a deux images. Celle du Dinosaur Provincial Park, là où on a trouvé des ossements de dinosaures. Il s’agit d’un lieu protégé par l’UNESCO. Et un chantier pour la construction de banlieues. On retrouve donc ce qui semble banal et inoffensif et ce qui semble immense et inébranlable. Les deux ensembles donnent un tout autre effet », explique-t-elle.En somme, ce sont 16 photomontages grand format, de quatre séries, soit Excavations, Underworlds, Maisons modèles et Destinations, ainsi que quatre vidéographiques réalisés sur une période de dix ans qui sont présentés dans le cadre de Vraissemblances. Une exposition qui, par ces oeuvres imposantes, a nécessité toute la restructuration d’Expression pour l’occasion.

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