13 octobre 2011
Festival Memoria
Israël Tarte et Honoré Beaugrand : deux figures atypiques du 19e siècle
Par: Fabienne Costes
Antoine Yaccarini, auteur de <em>Meurtre au Soleil</em> et <em>Magouille au manoir</em>.

Antoine Yaccarini, auteur de Meurtre au Soleil et Magouille au manoir.

Antoine Yaccarini a écrit deux romans historico policiers, Meurtre au Soleil et Magouille au manoir, qui mettent en scène avec bonheur plusieurs scandales politiques de la fin du 19e siècle. En conférence au Festival Memoria, il insistera sur deux figures emblématiques de cette époque : Israël Tarte et Honoré Beaugrand.

Qu’est-ce que les bouleversements qu’a connus le Québec des années 60 doivent à Israël Tarte et Honoré Beaugrand?

Il m’a semblé que les récriminations qu’on entend aujourd’hui sur le Canada anglais ou l’église remontent presque systématiquement à cette période du 19e siècle. Honoré Beaugrand et Israël Tarte symbolisent à eux deux le mécontentement des Canadiens français face au Canada anglais ou à l’interventionnisme de l’église.

Honoré Beaugrand était un des plus éminents représentants anticléricaux de l’époque et Israël Tarte, même s’il était conservateur, a toujours revendiqué un Québec fort et français dans l’empire britannique. Tarte a toujours cherché à réaffirmer le caractère distinctif d’un Québec français. Ces deux tendances, anticléricalisme chez Beaugrand et l’idée d’un Québec fort dans le Canada chez Tarte, sont à l’origine des bouleversements des années 60 au Québec. En même temps, Israël Tarte en tant que ministre de Wilfrid Laurier a travaillé pour l’amélioration de la voie maritime du Saint-Laurent, pour l’unification du chemin de fer. Le Canadien national est l’héritier des travaux d’Israël Tarte. Sur le plan littéraire, Honoré Beaugrand a marqué la littérature québécoise notamment avec la Chasse Galerie. Le premier a surtout mené des actions concrètes, alors que le second a surtout été influent sur le plan des idées. Enfin, l’affaire Louis Riel est emblématique des prémisses des revendications canadiennes françaises. Les conservateurs comme les libéraux canadiens français se sont opposés à l’exécution de Louis Riel. Cette amertume qui est née à l’époque, je l’entends encore dans certains discours nationalistes.

Dans vos deux premiers romans, Meurtre au Soleil et Magouille au manoir, vous mettez en scène plusieurs scandales politiques et financiers qui ont défrayé la chronique. Est-ce que ces scandales que vous relatez nous apprennent quelque chose sur ceux d’aujourd’hui?

Dans Magouille au manoir, je parle surtout du scandale des biscuits protéinés. Il m’a été difficile de trouver des informations sur cette affaire qui est peu documentée. Il m’a fallu beaucoup fouiller parce que j’en avais besoin pour mon roman. C’était des biscuits protéinés de mauvaise qualité qui ont été payés très cher par le gouvernement et envoyés en Afrique du Sud pour nourrir les soldats.

C’est un scandale qui n’a rien à voir avec les scandales de la construction qu’on connaît aujourd’hui. Par contre, la collusion dans le domaine de la construction existait déjà à l’époque. Beaucoup de gens se sont enrichis de façon malhonnête dont Thomas McGreevy que je vais présenter à la conférence. Thomas McGreevy était un entrepreneur et un député libéral-conservateur dans la circonscription fédérale de Québec-Ouest. Il a fait fortune en gonflant ses factures et en trafiquant avec le milieu. Il avait participé à la construction du parlement d’Ottawa, de plusieurs lignes de chemin de fer et a fait usage de son influence politique pour arracher des contrats. Il semble que ce genre de pratique était assez courant à l’époque.

Dans vos romans, vous parlez de l’émancipation des femmes qui a débuté à cette époque avec des femmes comme Robertine Barry, Henriette Dessaulles ou Laure Conan, journalistes et écrivaines. Honoré Beaugrand et Israël Tarte avaient-ils des opinions divergentes sur le rôle que devait jouer les femmes dans la société?

Je pense que les deux avaient l’esprit tout à fait ouvert à cette nouvelle réalité qu’était l’apparition des femmes en littérature. Honoré Beaugrand a été le premier à ouvrir son journal à une femme et Tarte a continué. Lorsque Tarte est allé à Paris pour l’exposition universelle, il a invité Robertine Barry de même que Joséphine Marchand parce que les deux femmes devaient représenter le Canada au congrès féministe qui s’organisait la même année.

Tarte était un ami de la famille de Joséphine Marchand. Les deux hommes et ces femmes écrivains fréquentaient les mêmes milieux intellectuels. Pour eux, il devait être naturel que les femmes se mettent à écrire et à être publiées. Antoine Yaccarini sera en conférence le lundi 17 octobre à 19 h, à la Bibliothèque Sainte-Rosalie. Réservation et abonnement à la bibliothèque sont requis.

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