30 janvier 2014
Jacques Tétreault sous les projecteurs
Par: Le Courrier

Depuis que Jacques Tétreault a pris sa retraite, il doit traîner un agenda. C’est qu’après avoir travaillé en biologie, en agriculture, en enseignement et en politique à ses heures, il met désormais à profit l’ensemble de ses expériences et son talent de pédagogue à défendre l’environnement. État de la situation, à l’aube d’une année 2014 chargée.

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À la suite de conférences que vous avez données à travers le Québec, plus de 100 comités de citoyens contre l’exploitation des gaz de schiste ont vu le jour. Quel est l’état de la situation à ce jour?

L’ennemi devant nous est tellement puissant et tellement international que si on reste chacun chez soi, ça ne fonctionne pas. Il faut s’organiser ensemble pour avoir une force de frappe. Devant les comités de citoyens et l’ambivalence du gouvernement, les compagnies gazières ont mis leurs activités en pause. Mais ce n’est pas parce qu’il y a un moratoire! Le projet de loi sur le moratoire sera revu en commission parlementaire cet hiver et présenté pour adoption en mai, si une élection n’est pas déclenchée avant. Par ailleurs, 72 municipalités à travers le Québec ont adopté un règlement pour protéger l’eau de leur territoire. C’est bien beau les slogans et les pétitions, mais ça n’a pas force de loi. Avec le règlement sur l’eau, les municipalités peuvent protéger la santé des citoyens et la qualité de l’eau en interdisant, par exemple, les opérations de fracturation à une certaine distance des résidences. En Gaspésie, la compagnie Pétrolia a contesté le règlement en Cour supérieure. La décision est attendue au cours des prochains mois.

Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, a également déposé, en mai dernier, un projet de règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection.

C’est un projet qui a été présenté en urgence, alors que le Ministère était en mode panique. Ce projet subordonnerait tous les règlements municipaux déjà en place. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que ce projet de règlement permet la fracturation pour la recherche de pétrole à travers tout le Québec, parce que le pétrole fait partie du plan économique du gouvernement. Ainsi, le gouvernement veut interdire les opérations de fracturation pour la recherche de gaz de schiste dans la Vallée-du-Saint-Laurent, mais il veut autoriser la même méthode pour chercher du pétrole sur tout le territoire.

La négociation pour la reconduction, par Hydro-Québec, des contrats d’achat de l’électricité produite notamment par le barrage Penman’s ont été l’occasion pour la Fondation Rivière de mettre en lumière son impact environnemental sur la rivière Yamaska. Qu’en est-il?

Les irrégularités environnementales du barrage T.-D. Bouchard ont été relevées dès 1997. Au début des années 2000, lorsque la Ville a négocié l’arrêt du turbinage pendant les mois d’été pour maintenir un débit écologique minimal de l’eau dans la rivière, la compagnie Algonquin Power a cessé de lui verser ses redevances pour compenser la perte de production hydroélectrique. C’est complètement illogique au plan environnemental de pénaliser financièrement une municipalité qui veut maintenir le débit minimal de la rivière. La Ville ne fait pas cela pour son bon plaisir ! D’autre part, la passe migratoire qui doit permettre au poisson de passer le barrage est en décrépitude et les installations ne sont pas adaptées au passage des anguilles, qui finissent la plupart du temps dans les turbines. Il faut que le Ministère bloque toute entente de renouvellement de bail d’ici à ce qu’on ait l’assurance que le barrage répond aux normes environnementales.

L’arrivée de la compagnie Veolia n’avait pas suscité de levée de boucliers à Saint-Hyacinthe. Au cours des dernières semaines, des questions se sont posées sur l’impact de sa présence sur l’environnement.

C’est un dossier qui me laisse mi-figue mi-raisin. D’un coté, j’étais content lorsqu’on a annoncé la venue de Veolia, parce que recycler les huiles usées, c’était leur donner une deuxième vie plutôt que des les brûler ou les envoyer dans les sites d’enfouissement. Quand on m’a informé des odeurs qui se dégageaient des installations, j’ai fait mon enquête au ministère de l’Environnement. Quand on voit le laxisme du Ministère dans le dossier des gaz de schiste, ce n’est pas une surprise de constater qu’il y a probablement eu un manque de suivi dans le dossier de Veolia. Cette affaire montre bien pourquoi les citoyens doivent être vigilants et dénoncer les situations qui sont inacceptables. Au Québec, on a la mentalité de se fermer les yeux sur ce qui se passe chez le voisin: ce n’est pas de nos affaires ! Pourtant, ce n’est pas négatif de dénoncer les choses qui ne sont pas correctes. Devant le laxisme du gouvernement, les citoyens doivent poser des questions et agir lorsqu’ils sont inquiets.

La question à laquelle vous auriez aimé répondre.

Il faut parler de Solidarité populaire Richelieu-Yamaska. C’est un regroupement d’organismes auquel le CCCPEM participe depuis quelques années. On a développé l’aspect environnemental au sein du regroupement. Une belle collaboration s’est installée et j’ai réalisé que l’environnement, ce n’est pas juste les plantes, les oiseaux et l’eau. C’est aussi les humains. Il y a une harmonie et un équilibre à établir entre tout dans la vie, y compris entre les gens et l’environnement. Moi, je fais les choses en pensant aux générations à venir. Je voudrais que mes petits-enfants vivent dans la qualité d’environnement à laquelle j’ai eu droit. Si les choses ne changent pas rapidement, il restera de nous des dettes financières et écologiques insurmontables.

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