31 août 2017
Jean Lamoureux : l’amoureux de l’agroécologie
Par: Jean-Luc Lorry
En juin, le seigle d’automne était déjà à pleine hauteur. En plus de faire partie des rotations de culture, principe favorisant la diversité et limitant l’appauvrissement des sols, cette céréale, semée à l’automne, ne laisse pas le sol à nu et vulnérable à l’érosion pendant l’hiver.  Photo Hélène Brien | MRC ©

En juin, le seigle d’automne était déjà à pleine hauteur. En plus de faire partie des rotations de culture, principe favorisant la diversité et limitant l’appauvrissement des sols, cette céréale, semée à l’automne, ne laisse pas le sol à nu et vulnérable à l’érosion pendant l’hiver. Photo Hélène Brien | MRC ©

Jean Lamoureux  Photo Hélène Brien | MRC ©

Jean Lamoureux Photo Hélène Brien | MRC ©

En collaboration avec la MRC des Maskoutains, Le Courrier présente une série d’entrevues réalisées avec 16 producteurs agricoles qui, à l’été 2016, ont participé au projet Le photographe est dans le pré. Ces producteurs étaient jumelés avec des photographes du Club Photo Saint-Hyacinthe. Par leurs images, ils devaient valoriser le travail de ces agriculteurs, sensibles à la préservation des ressources, qui ont mis en place de bonnes pratiques agroenvironnementales sur leur ferme. Les agriculteurs participants s’impliquent tous bénévolement au sein d’un comité de bassin versant de la MRC. Consultez le site Internet de la MRC pour en savoir plus sur ce projet.

Cette entrevue avec Jean Lamoureux, de Saint-Jude, est la huitième de la série. Il était jumelé à la photographe Hélène Brien.
Les terres de Jean Lamoureux sont situées à un kilomètre de sa résidence, dans la municipalité de Saint Jude. En 1982, il a débuté en agriculture en défrichant avec son père et son frère. La ferme est dans la famille depuis seulement deux générations. C’était des terres de « sable froid », difficiles à cultiver et sans grand potentiel de rendement avec des méthodes conventionnelles. Actuellement, sur sa terre de 170 hectares, M. Lamoureux cultive en rotation blé, maïs et soja, avec un peu de conserveries. De plus, il produit 4 500 porcs d’engraissement par an, ce qui constitue une source de fertilisants naturels pour ses terres.
En qualité de producteur agricole, quelles actions avez-vous mises en place sur vos terres pour améliorer la qualité de l’eau des fossés et ruisseaux?
« Il n’y a pas de ruisseau sur mes terres, mais seulement des décharges balisées et des fossés de ligne qui se jettent dans la rivière Salvail. On a commencé avec le semis direct en 1997, puis les choses ont évolué. Dernièrement, on a commencé à implanter dans les cultures des engrais verts qui résistent à l’hiver. Tout cela pour contrer l’érosion et améliorer la structure du sol, qui reste en place au lieu de s’en aller dans le cours d’eau. Avec les changements climatiques, ce sont des actions qui ont beaucoup d’impact. C’est pas tout le monde qui comprend ça malheureusement. Moi, j’ai commencé par des choses simples; j’ai nivelé, puis ensuite j’ai installé des avaloirs. Tout s’est enchaîné : les décharges restent propres et il y a moins d’entretien à faire. On le remarque tout de suite. Chez mes voisins, quand il tombe quatre pouces d’eau, il y en a pour des jours tandis que sur mes terres, l’eau s’infiltre facilement et après 12 heures, elle s’est retirée. On sait que les pesticides s’écoulent toujours un peu par les drains et finalement dans les cours d’eau. Avec un sol en santé, ces produits s’accrochent aux agrégats et sont filtrés par la bande riveraine. Tout ça fait que l’eau qui sort de mes champs est mieux filtrée et plus claire. »
Comment vos actions ont-elles aidé à améliorer la diversité des plantes indigènes, oiseaux, etc. sur vos terres?
« En ne faisant pas le travail de sol, ça active la vie microbienne. Depuis 15 ans, avec l’agroécologie, j’ai des champignons mycorhizes dans le sol, ce qui aide au contrôle des maladies. La santé du sol, c’est ça la base de l’agroécologie. Dans les bandes riveraines, il y a aussi toutes sortes de formes de vie et d’insectes ravageurs qui combattent les insectes nuisibles, par exemple le puceron du soya. Ayant observé cela, je n’utilise pas d’insecticide ni de fongicide. Pour ce qui est des herbicides, c’est vrai qu’avec le semis direct, il faut en utiliser plus au début, mais après, c’est le contraire. J’ai commencé à réduire mes doses. On fait plutôt un brûlage avant semis. Ça diminue la quantité d’herbicides nécessaire. J’ai aussi un peu de boisés, ce qui amène la faune en quantité. Mes bandes riveraines mesurent environ quatre mètres de large. Elles sont de plus en plus naturelles. Au début, on y avait mis des couvertures de sol avec quatre espèces, mais avec le temps les espèces indigènes se sont mêlées. Ça fait aussi des fleurs à différentes étapes de la saison. En collaboration avec d’autres agriculteurs, on a réussi à produire des modèles de couverture végétale composés de 12 espèces différentes et c’est de toute beauté. »
On ne trouve pas d’arbustes dans les bandes riveraines chez Jean Lamoureux, car il les fauche chaque automne pour contrôler les plantes envahissantes. Le phragmite en fait partie, mais à force de le faucher régulièrement, il semble qu’il s’affaiblit et que la quenouille reprend le dessus. La fauche permet aussi aux autres plantes de commencer leur premier stade et elle favorise la biodiversité. Pour les oiseaux, M. Lamoureux a observé de nouvelles espèces. Les dindes sauvages en particulier sont attirées par le semis direct. Dans les fossés, il a observé des grenouilles et des têtards à profusion. Enfin, à défaut de relier les bandes riveraines avec les boisés, un grand arbre est demeuré en place et remplit la fonction de connectivité.
Comment voyez-vous la collaboration entre les différents groupes de producteurs agricoles?
Depuis cinq ans, Jean Lamoureux fait partie d’un groupe de producteurs qui viennent de tous les coins du Québec. Ils sont une trentaine en Montérégie, œuvrant dans tous les secteurs de l’agriculture. Le progrès dans la direction de l’agroécologie évolue plus rapidement avec le partage des expériences et la réduction des coûts associés. Grâce à tous ces échanges novateurs, Jean Lamoureux est réellement redevenu l’amoureux de l’agriculture.

image