18 avril 2013
Jean-Paul St-Amand :servir l’Église et la société
Par: Martin Bourassa

Jean-Paul St-Amand est de toutes les causes et de toutes les batailles qui contribuent à faire un monde meilleur, une société plus juste et plus humaine.

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Il a consacré les 45 dernières années de sa vie à dénoncer les injustices et à s’investir de diverses manières dans sa communauté, entre autres par le biais du service de la pastorale sociale de l’Évêché de Saint-Hyacinthe et d’organismes comme Solidarité populaire Richelieu-Yamaska (SPRY) où il oeuvre depuis 20 ans, soit depuis la toute première heure de cet organisme qu’il a longtemps présidé.

Au moment de rencontrer Le Courrier, il revenait d’une manifestation visant à dénoncer la réforme controversée de l’assurance-emploi. Il jonglait aussi avec l’idée d’assister à une formation sur le Plan Nord et anticipait avec bonheur de participer aux activités mises sur pied localement pour le Jour de la Terre le 22 avril.Sur un horizon beaucoup plus large, M. St-Amand a contribué à plusieurs initiatives visant à accroître la solidarité entre les diverses organisations du milieu, qu’elles soient syndicales, populaires, féministes, institutionnelles, religieuses ou étudiantes.Et il a aussi mis la main à la pâte pour aider les gens à se prendre en main et à se donner différents services, par l’entremise du système coopératif, un modèle qui lui est cher. D’ailleurs, il se souvient encore de tous les efforts qu’il a consacrés en vain au démarrage d’une caisse d’économie solidaire au milieu des années 1970, une caisse à l’image de celle mise sur pied à Québec à l’époque. Elle aurait été au service des travailleurs et soutenu le développement de l’action collective.Si cette initiative a échoué, plusieurs autres ont été couronnées de succès, dont la mise sur pied d’une coopérative alimentaire qu’il a présidée.Celle-ci a contribué à nourrir à bon prix – à trop bon prix confesse M. St-Amand- plus de 200 familles maskoutaines pendant une bonne dizaine d’années.Notre homme a aussi été associé au démarrage de la coopérative funéraire de Saint-Hyacinthe et il a soutenu un paquet d’initiatives comme l’Aide pédagogique aux adultes et aux jeunes de Saint-Hyacinthe et l’Association coopérative d’économie familiale.Mais c’est surtout par l’entremise de Solidarité populaire Richelieu-Yamaska qu’il aura contribué bénévolement à bâtir une société plus juste, par la promotion d’un projet social axé sur l’obtention d’une plus grande justice sociale tant sur le plan économique, politique que culturel, et ce, tant au niveau régional, national qu’international.Pour son implication sociale et spirituelle de tous les instants, son grand humanisme et parce que la mission d’entraide et de solidarité qui l’anime fait de lui un acteur de mobilisation et de changement, Le Courrier de Saint-Hyacinthe et la Chambre de commerce et de l’industrie Les Maskoutains sont heureux de décerner le titre de personnalité du mois d’avril à M. Jean-Paul St-Amand.

De JOC à la pastorale sociale

Maskoutain pure laine, M. St-Amand est né le 11 août 1947 à Saint-Hyacinthe. Avant-dernier enfant d’une famille de huit, il a grandi dans le Christ-Roi.

Le petit St-Amand n’aimait pas tellement l’école, n’étant pas très doué.« J’étais un cas difficile, confie-t-il en souriant, un décrocheur avant le temps. J’ai à peu près une dixième année pochée, de peine et de misère. »Dans son jeune âge, il a fait plusieurs expériences. Il a travaillé à la mercerie Auger/Gaucher, essayé d’apprendre l’anglais en Ontario et agi en tant qu’éducateur auprès de la clientèle en difficultés du centre jeunesse Mont St-Antoine à Montréal.Il est ensuite engagé à l’Évêché de Saint-Hyacinthe en 1970 à titre de directeur adjoint à l’Action catholique, qui regroupait sous son aile plusieurs mouvements catholiques.Il faut dire que Jean-Paul St-Amand était depuis quelques années déjà impliqué comme militant dans la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), au niveau local et même national.« Malgré mon parcours et mes croyances, je n’ai jamais pensé devenir prêtre. Je n’étais pas fait de ce bois là », raconte celui qui s’est marié à l’âge de 21 ans et qui est aujourd’hui père de quatre enfants et deux fois grand-papa.Il retourne ensuite à Montréal où il sera pendant six ans une figure de proue du Mouvement des travailleurs chrétiens (MTC). Pendant neuf ans, il siège d’ailleurs au conseil mondial du MTC comme représentant de l’Amérique du Nord.Puis, et jusqu’à sa retraite en juin 2012, il fait un retour en force à l’Évêché de Saint-Hyacinthe à titre de directeur au Service de la pastorale sociale. C’est à ce titre qu’il a entrepris de conscientiser les membres de la communauté chrétienne aux injustices et aux réalités sociales, culturelles et politiques actuelles, en partenariat avec les organismes du milieu qui oeuvrent entre autres à l’amélioration des droits humains.C’est un peu ce qui a motivé la création de Solidarité populaire Richelieu-Yamaska, lancé il y a une vingtaine d’années, mais incorporé il y a dix ans seulement.« L’idée, c’était de réunir des gens de différents horizons pour échanger, se concerter et établir un réseau organisé à travers un maximum d’organismes et d’individus. Il y a plus d’une quarantaine d’organismes membres, c’est une belle réussite! »Et même un exploit si l’on considère la réalité d’aujourd’hui. « Inviter les gens à s’investir socialement n’est pas une mince tâche ces années-ci. Les gens ont beaucoup d’obligations et de moins en moins de temps à consacrer aux autres. Cela dit, j’ai été l’un de ceux qui auront essayé de se tenir debout pour faire changer les choses, pour améliorer notre monde. Je n’ai pas été le premier et je ne serai pas le dernier, ni le meilleur, ni le pire. J’ai essayé de faire quelque chose à mon niveau et de l’inscrire à l’intérieur d’un mouvement plus global. J’ai fait mon bout de chemin. »M. St-Amand s’inquiète toutefois un peu pour l’avenir, vu le manque de relève.« Au niveau pastoral, il n’y a pas de relève, les jeunes de 25-50 ans ne sont pas là. C’est la même chose au niveau du bénévolat. Le renouvellement des effectifs est un problème. C’est dommage, car le don de soi fait grandir. »Jean-Paul St-Amand a donc l’envergure d’un géant qui compte bien profiter des prochaines années pour faire un peu de rattrapage.« Je n’ai jamais été équilibré dans ma vie, dira-t-il, je n’ai jamais su trouver l’équilibre entre le travail, le social, la famille. Je compte maintenant me reprendre et consacrer du temps à approfondir les relations humaines. J’ai découvert avec le temps que ce n’est pas tant les actions que l’on pose et nos gestes qui importent. Ce qui reste vrai dans tout cela, ce sont les liens avec les gens qui nous tiennent à coeur. »

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