25 avril 2019
Jérôme 50, poète chilleur
Par: Maxime Prévost Durand

Fort de son premier album, La Hiérarchill, Jérôme 50 s’apprête à étendre le mouvement chill à l’ensemble du Québec, en passant par un arrêt à Saint-Hyacinthe ce vendredi au Zaricot. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Au cœur de la vague d’artistes émergents en provenance de Québec, qui a vu s’élever notamment Hubert Lenoir dans la dernière année, un certain Jérôme 50 attire aussi l’attention et celui-ci sera de passage au Zaricot ce vendredi soir.

Détenteur d’un baccalauréat en linguistique qu’il a complété pour faire plaisir à ses parents, appréciateur de cannabis à ses heures et musicien dans l’âme, l’auteur-compositeur-interprète manie les mots avec aisance, créant même un lexique qui lui est propre, chargé par moment d’une désinvolture assumée. Un poète chilleur est né.

Sur son premier album, La Hiérarchill, Jérôme 50 se laisse tantôt inspirer par un poème d’Émile Nelligan pour « Jardin de givre », où il partage sa réflexion sur les amitiés d’aujourd’hui, plus virtuelles que jamais, avant d’évoquer quelques pistes plus loin son rapport à la religion de façon indirecte sur « Ouh La La », une chanson qui fait soit sourire ou siller les oreilles plus chastes.

D’autres morceaux sont carrément festifs, comme « Chaise musicale », une chanson qu’il a écrite pour l’humoriste maskoutaine Rosalie Vaillancourt en référence à son « comportement antisportif » lorsqu’elle joue à ce jeu bien connu dans une des capsules de sa web série Avant d’être morte. D’abord enregistrée en solo, la chanson compte d’ailleurs une nouvelle version en duo avec Rosalie, laquelle a été lancée dans les dernières semaines.

Avec une plume parfois mordante, Jérôme 50 n’hésite pas à proposer des images fortes. C’est le cas sur la pièce « Je t’aime tellement », où il chante au refrain qu’il vomirait son cœur dans la face de sa prétendante pour lui déclarer son amour. Au-delà de l’image un tant soit peu répugnante, quoique humoristique, un message plus profond se cache derrière ces paroles.

« C’est une chanson qui parle de la difficulté à communiquer sur l’amour. On est à une époque où on ne fait que ça, communiquer tout le temps, mais on n’est pas capable de dire je t’aime. Ça peut sembler drôle [comme chanson], mais ça peut être vu très sérieusement aussi », explique-t-il en entrevue avec LE COURRIER, alors qu’il était de passage à Saint-Hyacinthe, en février, en première partie de Cœur de pirate.

Son bagage en linguistique l’a aussi amené à s’intéresser au mot « chill » et à ce qu’il évoque au sein de la société, jusqu’à inventer un mot de toute pièce en le jumelant à « hiérarchie » pour faire « hiérarchill5».

« La langue est le reflet du mode de vie de la communauté qui la parle. On dit le mot “chill” depuis quoi, 10 ans peut-être, et il n’a jamais baissé en popularité. Il y a des mots qui partent et qui viennent, mais on dirait que “chill” est là pour rester, comme “cool”. Si on l’utilise autant comme locuteur, il y a une raison de l’ordre social, de l’ordre du mode de vie. Je voulais faire un portrait de l’immobilisme, du non-mouvement, de l’inaction des jeunes, qui est la nouvelle tendance [de la société] et qui, je crois, sera le prochain mouvement révolutionnaire s’il est accompli à 100 % », philosophe-t-il.

Avec une conscience sociale aiguisée, Jérôme 50 voit bien au-delà de la musique et se projette même comme un futur maire de la Ville de Québec ou encore un futur ministre de l’Éducation dans un gouvernement de Québec solidaire. Mais avant toute chose, il sera en spectacle au Zaricot demain soir pour propager sa Hiérarchill.

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