12 février 2015
Jérôme Ferrer : l’entrepreneur et l’immigrant
Par: Amilie Chalifoux
Le chef Jérôme Ferrer en compagnie de Claire Sarrasin, directrice générale de la Chambre de commerce et de l’industrie Les Maskoutains, à l’occasion du Dîner Terre d’innovation.Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le chef Jérôme Ferrer en compagnie de Claire Sarrasin, directrice générale de la Chambre de commerce et de l’industrie Les Maskoutains, à l’occasion du Dîner Terre d’innovation.Photo François Larivière | Le Courrier ©

Fort d’une grande popularité et d’une belle renommée dans le domaine de la restauration, Jérôme Ferrer, chef et président du Groupe Europea, fait ­rarement acte de présence à titre de conférencier. Métier de chef oblige. Ce dernier a cependant fait une ­exception et a quitté sa cuisine le temps d’un

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Ce dîner-conférence, tenu au Club de golf La Providence, s’inscrivait parmi les activités organisées par la Chambre de commerce et de l’industrie Les Maskoutains. Cette participation occasionnelle du chef Jérôme Ferrer est due au talent de persuasion et la légère insistance de Claire Sarrasin, directrice ­générale de la Chambre de commerce et de l’industrie Les Maskoutains.

Leur premier contact remonte à il y a deux ans alors que Mme Sarrasin avait approché le chef en vue de l’activité-bénéfice Déguste ton don qu’elle chapeautait à l’époque qu’elle était coordonnatrice chez Satellite, organisme en prévention des dépendances. M. Ferrer avait fait don d’un repas pour deux personnes, destiné à un encan silencieux.

Invité à témoigner de son histoire entrepreneuriale au Québec, le grand chef ­Relais et Châteaux et membre de la prestigieuse association des Grandes Tables du Monde a partagé avec les convives son parcours culinaire et entrepreneurial, certes, mais aussi son parcours en tant qu’immigrant.

Sa passion pour la cuisine commença très jeune, sur la terre de son père, un artisan agricole et vigneron. Puis, à l’école hôtelière Vatel où il rencontra ses deux meilleurs amis, Patrice de Felice et Ludovic Delonca, et avec qui il quitta le sud de la France pour ouvrir un restaurant au Québec et qui encore aujourd’hui sont ses partenaires chez Groupe Europea.

La persévérance et l’audace ont occupé une place primordiale dans son parcours d’entrepreneur. La première étape fut celle de quitter leurs origines pour bâtir leur rêve à l’étranger.

« Nous ne connaissions pas du tout le terrain financier et n’avions aucune connaissance à qui nous pouvions nous référer dans ce pays. Mais nous retrouvions un peu de nos origines au Québec à cause du côté un peu européen », raconte Jérôme Ferrer.

Le choix n’a cependant pas été facile à faire. « Au moment où vous décidez de tout quitter, quitter votre famille, vos amis, votre appartement et tous vos points de repère, alors s’impose la question : ai-je fait le bon choix », poursuit-il.

Une fois arrivé en terre d’accueil, leur lancée en affaires ne s’est pas déroulée comme ils l’avaient espéré. Après avoir perdu toutes leurs économies dans un détournement de fonds, les trois ­complices ont cumulé les boulots au ­salaire minimum et ont finalement ­amassé suffisamment d’argent pour ­ouvrir leur restaurant.

« Nous avions cumulé un petit montant de 7 500 $. Nous avons trouvé un petit ­demi sous-sol, mais après avoir payé le loyer, il ne nous restait que 1 500 $ pour le reste des dépenses. »

L’histoire du restaurant Europea ­commença ainsi. Puis, M. Ferrer rencontra l’acteur et animateur Francis Reddy qui l’invita à participer à l’émission Des kiwis et des hommes. Ce qui valut au ­restaurant une visibilité supplémentaire.

« À partir de là, les choses ont changé. Nous vivions dans l’insécurité financière […] Mais les profits ont commencé à arriver au fur et à mesure. »

Aujourd’hui, le Groupe Europea ­comprend le Restaurant Europea, ­l’Espace Boutique et le service de traiteur Europea. C’est aussi le Bistro Gourmand Beaver Hall, le Restaurant Andiamo, le Café Grévin, le Birks Café et le Centre de transformation et distribution ­alimentaire — tradition et qualité. ­Jérôme Ferrer a récemment ajouté une corde à son arc avec la production de son propre vin Val Pas Res, La Terre de mon père qui fût également une façon pour le chef d’honorer la mort de son père.

Lorsque l’on demande à Jérôme Ferrer la recette de son succès dans la restauration, ce dernier répond par trois mots clés. « D’abord, le savoir-faire. Parce qu’on ne peut pas réussir dans la restauration si on ne sait pas faire soi-même. Puis, savoir faire faire. Parce qu’on ne peut pas tout faire seul. Et finalement, faire savoir. Parce qu’il faut partager ce que l’on sait en cuisine », conclut-il.

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