7 octobre 2021
Parc de la Métairie
Juste avant la tombée du rideau
Par: Le Courrier
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Soudainement, on dirait que tout le monde vient de découvrir le potentiel inexploité du parc de la Métairie et que le feu est pris. Un étrange sentiment d’urgence se dégage en effet de la décision de la Ville de Saint-Hyacinthe de l’acquérir ou de l’exproprier, si nécessaire.

Comme si la terre allait soudainement cesser de tourner après les prochaines élections municipales. Après moi le déluge, en quelque sorte.

C’est du moins la sensation que j’ai éprouvée à la suite des propos tenus tard, lundi soir, par le conseiller de La Providence, Bernard Barré, lors de la dernière séance publique du conseil municipal avant sa dissolution. C’est lui qui a fait lecture de la résolution présentée comme « un geste historique », en référence à la volonté manifeste de la Municipalité de donner le coup d’envoi à l’aménagement d’un immense parc public sur les terres patrimoniales des Sœurs de la Charité. Immense parc dans le sens de vraiment très grand. Si on devait l’exploiter au maximum, il serait même plus vaste que le parc Les Salines!

Ce parc en devenir pourrait être déployé sur les 108 hectares de terrains et de terres agricoles qui se trouvent derrière le centre culturel Humania, en plein cœur du district La Providence. Où précisément, sur quelle proportion de terre agricole, quand, comment et pour combien? La Ville s’est faite avare de détails pour le moment. Ne comptez pas trop sur la résolution officielle pour vous renseigner. Encore une fois, la Ville manigance loin des regards et se fait un malin plaisir de placer les citoyens devant le fait accompli.

Elle veut ce parc et elle l’aura. Publiquement, ce projet n’a pas fait souvent les manchettes par le passé, même si M. Barré assure qu’il a occupé passablement l’administration, les organismes du quartier et évidemment les élus. Pour lui, comme conseiller, on sent que cela représente le legs ultime. Comme s’il sentait venir la fin de son règne.

Quand on passe au peigne fin les archives du COURRIER, l’aménagement d’un tel parc au cœur de la Métairie aurait à peine été évoqué à deux ou trois reprises depuis dix ans. Si mes recherches sont exactes, le premier reportage substantiel sur la possibilité que la Ville devienne propriétaire des terres de la Métairie pour préserver leur caractère patrimonial remonte à mars 2011. L’achat de l’ancien couvent qui allait être transformé en centre culturel n’était même pas chose faite.

La Ville anticipait toutefois devoir négocier avec le promoteur immobilier Groupe Robin, qu’elle savait déjà propriétaire de 50 % du domaine depuis 2008 en vertu de clauses négociées avec les Sœurs de la Charité. L’expérience a démontré que négocier avec le Groupe Robin n’a pas toujours été une partie de plaisir pour la Ville, d’où sans doute la menace de lancer le processus d’expropriation. Au moment de faire l’achat du couvent en mai 2012, la Ville avait dû consentir à verser 2 M$ au Groupe Robin, lui qui avait acheté le couvent pour 1 M$ de moins aux religieuses à peine 24 heures plus tôt.

Il va sans dire qu’il est bien difficile d’être scandalisé par la décision des autorités municipales d’investir dans la création d’un nouveau parc d’envergure, qu’il soit imputable à un processus d’expropriation ou pas.

Dans le cas présent, la Ville y gagnerait toutefois à impliquer la population davantage dans le projet et à dévoiler son plan d’aménagement. D’autant plus que le résultat de la prochaine élection n’aura aucun effet sur la suite du projet.

Les deux candidats à la mairie sont partants. André Beauregard a appuyé cette résolution avec enthousiasme et la cheffe de Saint-Hyacinthe unie, Marijo Demers, a un projet semblable bien en vue dans la plateforme qu’elle a présentée il y a une dizaine de jours. « Pour un véritable parc-nature urbain et plus de biodiversité, rêvons ensemble le Parc de la Métairie », disait-elle, en proposant de lancer le processus de consultation citoyenne Rêvons le parc de la Métairie ensemble et de recourir à la méthode Miyawaki de forêt urbaine à croissance rapide pour reboiser une zone du parc de la Métairie, favoriser la biodiversité et accroître la canopée.

À croire que la Ville a voulu lui couper l’herbe sous le pied.

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