29 septembre 2011
Festival Memoria
Justice et vie quotidienne en Nouvelle-France
Par: Fabienne Costes
André Lachance, historien et conférencier spécialiste de la Nouvelle-France.

André Lachance, historien et conférencier spécialiste de la Nouvelle-France.

André Lachance est un historien spécialisé dans la période de la Nouvelle-France. Il a déjà publié plusieurs ouvrages qui sont aujourd’hui des références sur la vie quotidienne des premiers colons.

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Publié en 2011, Délinquant, juge et bourreaux fait état des difficultés vécues par les plus pauvres d’entre eux, victimes de la faim, de la fatigue et d’une violence inimaginable.

En entrevue pour LE COURRIER, l’auteur nous présente quelques aspects de la conférence qu’il donnera le 4 octobre.

Vous avez essentiellement travaillé avec les archives judiciaires pour comprendre la vie quotidienne des habitants de la Nouvelle-France. Que nous apprennent ces archives?

Elles sont très bavardes sur les comportements quotidiens de nos ancêtres et en particulier sur ce que l’on appelle à l’époque « les gens du commun ». Ces gens-là n’ont pas laissé d’écrits puisque la plupart étaient analphabètes. La seule façon de voir comment ils vivaient et quelles étaient leurs habitudes, c’est à travers ces archives judiciaires.

La moitié du contentieux de l’époque est constitué de petites affaires, de ce que l’on appelle des faits divers qui, aujourd’hui, ne conduiraient pas à des poursuites en justice, mais qui, à l’époque, étaient considérés comme graves. On pouvait être emprisonné pour des insultes, parce qu’on avait traité quelqu’un de larron, de coquin ou de voleur.

Avez-vous un exemple de ce genre de procès en diffamation?

Par exemple, un domestique de Québec répandait la rumeur qu’il avait vu une certaine jeune fille, dans les champs, en train de commettre le crime de paillardise. Le père, lors du procès, s’insurge contre ces allégations et se rend en justice avec la jeune fille. Le père va démontrer que toutes ces allégations sont fausses parce que ce dimanche en question, la jeune fille avait décidé d’aller chez une amie.

Avec cette amie, elles auraient pris une petite collation, selon le témoignage du père, et d’autres personnes se sont jointes à elles pour manger une salade avec du vin, puis elles ont dansé ensemble et cela jusque vers 6 heures de l’après-midi. Au procès, plusieurs personnes viennent témoigner pour confirmer que c’est comme ça que ça s’est réellement passé. La jeune fille ne pouvait donc pas être dans un champ en train de commettre un crime de paillardise. Pour nous, aujourd’hui, ce genre de témoignage très détaillé nous permet d’apprendre les occupations des bourgeois de Québec les jours de repos.

Dans Délinquant, juge et bourreaux, vous insistez particulièrement sur la figure du bourreau qui a une place tout à fait particulière dans la vie de cette Nouvelle-France. Qui était le bourreau?

Le bourreau, pour l’ensemble de la population, symbolise le pouvoir du roi. Il est très difficile de trouver des volontaires pour ce travail. Car le bourreau, en Nouvelle-France, est stigmatisé. On va donc les chercher chez les repris de justice. On leur promet, en échange de leurs services d’annuler leur peine. Encore là, on a dû déjà à Québec, aller chercher jusque dans les Antilles un esclave noir pour faire le travail de bourreau. Il faut dire qu’à l’époque de la Nouvelle-France, il y avait au plus une exécution capitale par année. Toutefois, le bourreau devait exécuter des sentences comme le marquage au fer rouge sur l’épaule droite avec une fleur de lys, une peine assez courante. Quand on en était victime, on était marginalisé et il était difficile de retrouver une vie sociale. Certains tentaient de faire disparaître ces marques en les grattant jusqu’au sang. André Lachance sera en conférence le mardi 4 octobre à 19 h à la bibliothèque Sainte-Rosalie. Réservation et abonnement à la bibliothèque sont requis.

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