11 juin 2020
Andrée Champagne 1939-2020
La belle histoire
Par: Martin Bourassa

J’ai résisté jusqu’à la dernière minute à l’idée de coiffer mon éditorial de la semaine du titre « Au revoir Donalda ». Je pense qu’elle apprécierait cette délicate attention, même si elle avait fait la paix avec ce grand rôle du petit écran. Ce rôle qui lui aura collé à la peau toute sa vie. Il y a sans doute pire, remarquez. « Quand les gens m’abordent avec délicatesse en me parlant de mon rôle et des beaux souvenirs de jeunesse qu’il évoque pour eux, cela me fait plaisir et j’en parle. Par contre, si on tourne cela au ridicule, alors je sors les griffes », me confiait-elle en entrevue lors de son assermentation au Sénat en 2005.

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Et des griffes, elle en avait des assez affilées par moments. Nous y reviendrons.

Il serait inapproprié, voire grossier, de résumer l’existence et la contribution de cette grande Maskoutaine à un seul et unique rôle, si marquant a-t-il été dans l’histoire de la culture populaire québécoise. Disons qu’elle l’a transcendé plus d’une fois et d’une remarquable façon dans son rôle de mère, de femme d’affaires et surtout de politicienne aguerrie et accomplie. L’expression à la mode et si galvaudée en temps de pandémie laisse entrevoir l’obligation pour bien des entreprises et des individus de se réinventer. Dans ce domaine, Andrée Champagne a très certainement été un précurseur, elle qui aura connu autant de succès sur les planches et au petit écran avec sa Donalda pendant 14 ans, sans compter les reprises, que sur les banquettes du Parlement et du Sénat canadien où elle a siégé pendant 18 ans. Parmi ses faits d’armes dignes de mention, soulignons qu’elle aura été la toute première femme à occuper la vice-présidence et la présidence par intérim de la Chambre des communes.

Elle sera aussi la toute première femme native de Saint-Hyacinthe à être nommée sénatrice à la Chambre haute, rejoignant un cercle sélect aux côtés des honorables Jacques Flynn, T.D. Bouchard et Georges-Casimir Dessaulles.

Des gens ont sans doute reçu l’Ordre du Canada pour moins que ça!

Avec le décès d’Andrée Champagne, la ville de Saint-Hyacinthe perd du même coup l’une de ses plus grandes, dignes et honorables ambassadrices. Une grande dame qui a toujours été fière de ses origines et de ses citoyens.

Andrée Champagne était une femme distinguée qui donnait toujours l’heure juste et qui n’avait pas la langue de bois, elle qui la maniait avec verve et éloquence. Elle n’était pas une Donalda soumise, timide et réservée. Loin de là. Plusieurs peuvent en témoigner, moi le premier, ainsi que les archives du COURRIER. Elle savait se défendre et attaquer. Elle avait d’ailleurs sorti ses griffes dans notre page Forum en janvier 2011 en réplique à une sortie contre elle de la députée bloquiste Ève-Mary Thaï Thi Lac. Elle n’avait pas mis de gants blancs puisque la députée avait aussitôt associé les propos de Mme Champagne à du racisme. Est-ce que cela frôlait le racisme ou non, encore aujourd’hui, les avis sont partagés. Mais nous ne lui en tiendrons pas rigueur.

Lors d’une autre entrevue qu’elle m’avait accordée en 2015 pour faire en quelque sorte le bilan de sa vie publique (voir page A8), Mme Champagne avait aussi trouvé le moyen de faire un Georges St-Pierre d’elle-même en distribuant en rafale quelques taloches à Justin Trudeau, au NPD, au Bloc québécois et à Jean-Guy Dagenais en prévision des élections fédérales de 2015. Andrée Champagne ne reculait jamais devant un journaliste et elle n’était jamais inodore, incolore et sans saveur en entrevue.

Mais le plus important, c’est qu’elle aura toujours été digne en toutes circonstances, même dans la défaite et les périodes plus difficiles de sa vie. Elle ne nous a jamais fait honte, bien au contraire, et elle en a fait bien plus que bien des hommes politiques avant ou après elle, me confiait cette semaine Claude Marchesseault, qui en a vu et côtoyé plusieurs. Inutile de dire que c’était une battante, elle qui a survécu à une virulente méningite. Après 42 jours passés dans le coma en 2007, elle avait dû encore une fois se réinventer à bien des niveaux et tout réapprendre.

Elle avait fini par retrouver ses moyens pour rayonner de plus belle.

Il faudra maintenant trouver le moyen de saluer et d’honorer sa mémoire pour qu’elle trouve la place qu’elle mérite dans le grand livre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Le comité de toponymie aura une candidature de choix dans quelques années. Espérons qu’on trouvera mieux qu’un stationnement au centre-ville.

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