2 mai 2019
La biodiversité, le nerf de la guerre pour l’agriculture moderne
Par: Le Courrier

La MRC des Maskoutains est reconnue pour ses riches terres agricoles et le fort potentiel de rendement des grandes cultures. L’importance de la diversité des cultures prend alors tout son sens afin de favoriser la biodiversité du territoire. Que ce soit pour les insectes pollinisateurs, les oiseaux et autres animaux, la présence de ce champ de tournesols s’avère bénéfique. Photo Pierre Lacroix | MRC des Maskoutains ©

Mathieu Giard et Pierre Lacroix. Photo Pierre Lacroix | MRC des Maskoutains ©

Mathieu Giard. Photo Pierre Lacroix | MRC des Maskoutains ©

En collaboration avec la MRC des Maskoutains, Le Courrier présente une série d’entrevues réalisées avec une dizaine de producteurs agricoles qui ont participé à la 2e édition du projet Le photographe est dans le pré. Ils étaient jumelés avec des photographes du Club Photo Saint-Hyacinthe. Par leurs images, ils devaient valoriser le travail de ces agriculteurs qui s’appliquent à préserver la biodiversité de leur milieu de vie et de travail. Mathieu Giard a accueilli chez lui le photographe Pierre Lacroix.

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Mathieu Giard travaille à temps plein sur l’entreprise familiale depuis 13 ans. L’entreprise, située à Saint-Hugues, est en début de processus de transfert pour intégrer à la fois Mathieu et son frère Raphaël. La famille s’assure que tous les aspects légaux seront en place pour atteindre harmonieusement les objectifs de chacun.

Depuis le partage de la terre ancestrale, en 1998, la ferme s’est spécialisée dans les grandes cultures. Actuellement, on y cultive du maïs, du soja, du blé et du tournesol. En 2000, un important projet avait entraîné la construction des cribs à maïs pour le séchage.

Quelles actions avez-vous posées sur votre ferme pour améliorer la biodiversité?

L’action la plus spectaculaire est sans doute la culture du tournesol. Mathieu Giard explique que le tournesol est arrivé comme une nécessité afin d’obtenir une part de marché dans les animaleries. Qui plus est, le tournesol attire plusieurs espèces d’insectes et d’oiseaux, en plus des abeilles. « C’est dur à mesurer, mais c’est certain qu’il y en a eu beaucoup plus. »

Avant le tournesol, Mathieu avait commencé à implanter des cultures intercalaires pour avoir une plus grande vie végétale dans les champs. L’an passé, en plus du ray-grass, il a fait l’essai du lotier corniculé, une plante basse avec des petites fleurs jaunes.

Dans les grands espaces vides, il privilégie les cultures de couverture avec un mélange de semences qui se compose de huit plantes différentes, dont le pois, le radis fourrager, la moutarde, et deux sortes de trèfle.

Avec le comité de bassin versant de la rivière Chibouet, Mathieu Giard projette d’implanter des arbustes floraux dans ses bandes riveraines. Il aimerait que ces arbustes attirent d’autres mammifères comme le furet, pour compétitionner avec le rat musqué. « Avec le comité, je me suis fait exposer l’ensemble de ce que les arbustes vont attirer comme biodiversité et j’ai trouvé ça très intéressant. » Il veut aussi choisir une variété d’arbres faciles à entretenir pour ajouter de nouvelles haies brise-vent à celle qui existe déjà.

Quels bénéfices en tirez-vous?

« Les bénéfices des engrais verts ou cultures de couverture, ça a été la clé du succès contre l’érosion des sols. Par la suite, ce fut la même chose avec les cultures intercalaires et on s’est rendu compte que nos rendements sont constamment en hausse. » Mathieu explique que le lotier permet de capter l’azote qui autrement serait très volatil.

Pour ce qui est du tournesol, Mathieu a découvert une culture qui s’est avérée assez rentable. Quant aux bandes riveraines, il a réalisé que le rang sur le bord du fossé n’était pas récolté une fois sur deux, à cause des éboulis. « Avec la bande riveraine, la terre et ce que tu mets dedans, c’est de l’argent qui reste dans le champ et ne s’en va pas dans le fossé. »

Comment faites-vous pour avoir un rendement maximum tout en protégeant l’environnement?

« Ça se fait tout seul! En prenant le côté comptable, s’il y avait vraiment un impact financier négatif sur la marge à l’hectare, j’aurais été le premier à lâcher. » Mathieu Giard constate qu’avec les nouvelles techniques, dans l’ensemble, la marge à l’hectare ne fait que s’améliorer. Il faut bien sûr acheter chaque année des semences pour mettre entre les rangs. « C’est quand même cher pour quelque chose que tu ne récolteras pas ». Par contre, il a réduit les herbicides et les engrais. Quand quelqu’un lui dit qu’il perd de l’argent en ne cultivant pas jusqu’au bord, il lui demande : « Ça coûte combien la pelle mécanique pour nettoyer ton fossé tous les 5 ans? »

Comment voyez-vous l’avenir de l’agriculture en lien avec la protection de l’environnement et de la biodiversité?

« La biodiversité, c’est le nerf de la guerre pour l’agriculture moderne. Quand on recule 30 ans en arrière, il y avait beaucoup plus de fermes laitières. On avait la biodiversité avec les prairies. » Il a entendu les récentes chroniques à la radio qui parlent du déclin des oiseaux et il a eu des discussions avec son voisin, un producteur bio, ce qui suscite cette réflexion : « Je l’ai remarqué moi aussi. Il y a de moins en moins d’oiseaux. Je trouve ça triste. »

Il admet mettre des lunettes roses quand il dit que son idéal serait de ne plus utiliser d’herbicides systématiquement. « Mais si on réussit à faire, comme certains agriculteurs aux États-Unis, des cultures sur couvertures permanentes, on vient de faire un grand pas en avant. Simplement parce que tu sais contre quoi tu te bats dans le champ, parce que c’est toi qui l’as implanté. Sans être forcément bio, on va avoir une agriculture qu’on appelle raisonnée, ce qui veut dire qu’on va réfléchir avant d’agir. »

Il donne l’exemple de la bataille contre les néonicotinoïdes. « En installant des pièges pour la détection des insectes, on s’est rendu compte que chez nous, on n’avait même pas besoin d’utiliser ces pesticides. »

Par Micheline Healy

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