7 janvier 2016
Le TDA/H
La boîte à outils d’Ariane Hébert et La rage de vivre d’Emmanuel Lauzon
Par: Kim Messier

Mettre au monde un enfant. Quoi de plus merveilleux?… Les baisers bruyants dans le cou. La douceur des regards. La complicité qui s’installe. La découverte d’une personnalité attachante et ­distincte. Une personnalité qui se ­forgera peu à peu, au fil des mois, des années. Aux yeux des parents, cet enfant est parfait et unique. Ils feront tout pour l’aider à développer ses habiletés personnelles et sociales. S’il y a lieu, ils seront prêts à accepter sa « différence ».

Au cours des années du primaire, certains parents, qui fondent tous leurs espoirs dans la réussite scolaire de leur enfant, observent des traits particuliers chez celui-ci. Une difficulté ou une inaptitude à faire abstraction de certains stimuli. Une ­incapacité à demeurer calme, à ­restreindre ses montées d’émotions ou à maîtriser ses propres pensées. Une tendance à être dans la lune, à oublier toutes sortes de choses et à être désorganisé. Certains signes et indices mettent la puce à l’oreille. Ces parents s’inquiètent et, après une ­évaluation rigoureuse et professionnelle, se rendent compte que leur jeune a un TDA/H.

Pour comprendre ce trouble, Ariane ­Hébert, psychologue et fondatrice de La boîte à psy (www.boiteapsy.com), a rédigé un ouvrage ponctué de faits vécus pour les parents et les gens qui côtoient des ­enfants atteints de TDA/H. Publiés aux Éditions de Mortagne, les conseils donnés par ­l’auteure, qui est elle-même mère de deux filles présentant chacune ce trouble, aident les adultes à intervenir adéquatement auprès de ces enfants en proie à une grande distractivité. Le livre est divisé en plusieurs sections : une description du déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité, de l’évaluation, de la médication et des stratégies d’intervention.

Ce que j’ai particulièrement apprécié en lisant ce guide, c’est de découvrir que, à la suite d’un diagnostic de TDA/H, plusieurs moyens visent à stabiliser ou à diminuer les symptômes, dont la médication, qui, finalement, n’est qu’un moyen parmi tant d’autres pour augmenter la qualité de vie du jeune. Ariane Hébert démontre de ­façon concrète, et simple, qu’il n’existe pas une solution unique pour aider son enfant. La médication (quand cela est ­nécessaire) ET les interventions ­comportementales diverses donnent les meilleurs résultats. Cet ouvrage est un ­incontournable. Il démystifie le TDA/H. C’est une boîte à outils précieuse. Un vrai coffre aux trésors regorgeant d’astuces ­efficaces. À garder à portée de main!

Le récit fictif La rage de vivre, rédigé par Emmanuel Lauzon et publié aux Éditions de Mortagne, expose l’histoire de Vincent, un adolescent souffrant du TDA/H. ­Incompris et considéré comme turbulent, Vincent conteste l’autorité dès son plus jeune âge. Il est irritable, impatient, ­argumente et est incapable de rester en place plus de cinq minutes. Il dérange. En grandissant, cet ado développe une perception négative de lui-même et de sa « particularité ». Ses comportements ­inquiètent son entourage et, plus le temps passe, plus Vincent éprouve une profonde rage intérieure. Une rage désespérée de vivre sa vie à sa façon.

Pour ceux et celles qui souhaitent entrer dans la tête d’un jeune atteint du trouble du déficit de l’attention, ce roman, ­bouleversant et émouvant, est pour vous. Emmanuel Lauzon a su démontrer à ­travers son personnage principal qu’être en marge de la société diminue l’estime de soi. Que le regard des autres est bien plus dommageable que le trouble lui-même. Que les critères de normalité imposés par la société ne correspondent pas à ces adolescents qui peinent à la tâche lorsqu’ils sont à l’école. « Je suis écoeuré que mon professeur et mes parents me chicanent tout le temps. Ce n’est pas ma faute si je suis dérangeant. C’est plus fort que moi! »

Emmanuel Lauzon explique que les jeunes atteints de TDA/H comprennent rapidement qu’ils doivent « fitter dans un moule ». Qu’ils devraient être comme les autres, c’est-à-dire normaux. Qu’ils ­devraient être parfaits, avec des ­comportements exemplaires, et avoir de bons ­résultats scolaires. « Même si cela implique que je doive prendre de la drogue légale. Il veut même que j’en prenne lorsque je n’en ai pas réellement besoin. Ça vient de me sauter en pleine face : mon père ne m’aime pas tel que je suis. Je lui en veux pour ça. Je sens la rage monter en moi. Pourquoi ce serait toujours à moi de m’adapter? Pourquoi les « autres » ne font pas plus d’efforts pour m’accommoder? » « J’en veux à mon père et à tous ceux qui n’ont su voir que mes défauts. Je déteste tous ces adultes qui ne sont pas capables de m’accepter comme je suis. »

Un roman réussi, remarquable, par ­moment déconcertant, mais imprégné de réalisme.

image