11 mars 2021
Entrevue avec Jean Bédard
La Cage prête pour un 2e retour au jeu
Par: Jennifer Blanchette | Initiative de journalisme local | Le Courrier

Le président du Groupe Sportscene, le Maskoutain Jean Bédard, se dit fin prêt pour la réouverture des Cage - Brasserie sportive. Photo gracieuseté

Malgré les embûches rencontrées depuis un an, Jean Bédard ne tarit pas d’optimisme quant à l’avenir des Cage – Brasserie sportive. Le président du Groupe Sportscene espère même une réouverture graduelle de l’établissement de Saint-Hyacinthe pour la fin mars. Une ombre persiste toutefois au tableau : la rétention de la main-d’œuvre en restaurant.

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« Avec cette 2e réouverture, ce n’est pas mon marketing qui aura du travail, mais bien mon département des ressources humaines », lance d’entrée de jeu Jean Bédard, en entrevue téléphonique avec LE COURRIER.

L’homme d’affaires maskoutain craint que, contrairement à la clientèle, ses employés ne soient pas au rendez-vous lorsque les Cage ouvriront à nouveau leurs portes. « J’ai d’excellents employés qui ont été mis au chômage pour la 2e fois en quelques mois à peine, et ce, pour une durée de près de six mois. Beaucoup d’entre eux se sont réorientés vers d’autres domaines. Ils ont besoin d’une sécurité d’emploi, de stabilité, c’est bien normal, et cette réalité va être très difficile pour nous. »

Pour les employés fidèles au poste, M. Bédard promet toutefois que cette seconde réouverture se déroulera plus en douceur que la première. Contrairement au confinement de mars, les Cage – Brasserie sportive sont demeurées ouvertes à la commande pour emporter ou à la livraison depuis octobre, ce qui devrait faciliter l’imminent retour au travail.

« Quand les restaurants ont rouvert cet été, j’avais un gérant qui ne se souvenait plus comment allumer les téléviseurs dans son établissement. Ça donne une idée de la déconnexion que notre équipe vivait alors que nous, nous tenions pour acquis que nos employés étaient prêts à revenir. Nous avons appris de nos erreurs et nous allons mieux préparer notre monde pour la reprise des activités », soutient le grand patron du Groupe Sportscene.

La Cage chez vous

Comme bien d’autres acteurs dans le domaine de la restauration, la pandémie a forcé La Cage à revoir complètement son modèle d’affaires. Peu après le début de la crise sanitaire, la bannière a lancé La Cage chez vous, une plateforme destinée à la livraison et à la commande pour emporter, deux créneaux alors très peu exploités par la franchise.

En août, La Cage – Brasserie sportive a poussé l’audace un peu plus loin en sautant dans l’arène du prêt-à-manger grâce à ses boîtes-repas prêtes à cuisiner. Coup de chance ou coup de flair, Jean Bédard a vu juste. À peine un mois plus tard, les salles à manger ont refermé leurs portes sans préavis, une décision gouvernementale que le restaurateur juge « brusque et trop rapide » avec le recul.

« Au début, mes gestionnaires se demandaient où je m’en allais avec mes boîtes de prêt-à-cuisiner. Je m’efforçais de leur répéter que ça fonctionnerait et qu’à l’automne [2020], on serait contents d’avoir investi du temps dans ce projet. Effectivement, une chance que nous l’avons fait! », se félicite-t-il.

C’est d’ailleurs ce nouveau projet, combiné aux recettes à la hausse des produits vendus en épicerie, qui a permis au Groupe Sportscene de garder près du quart de ses 3000 employés à l’emploi durant cette période noire. Les recettes en restaurants, elles, affichent un recul de près de 80 %. « Les ventes en épicerie sont largement inférieures aux volumes vendus au restaurant, mais c’est ce qui nous a permis, avec les subventions du gouvernement, de ne pas creuser notre tombe », partage M. Bédard.

La pause inopinée entraînée par les mesures de confinement a aussi incité La Cage – Brasserie sportive à plancher sur un nouvel alignement dans son menu. Plats, cocktails, desserts, vins et bières; rien n’a été épargné dans ce ménage des ardoises.

« C’était des projets que j’avais en tête depuis longtemps et que je n’aurais jamais pensé avoir le temps de mettre en branle. Avec la pandémie, nous avons eu du temps pour faire des tests et mettre des recettes à l’essai. Pendant cette période, j’ai choisi d’occuper mon monde à des activités positives et durables. Nous sommes prêts pour la réouverture », affirme le Maskoutain.

Si la clientèle pourra dorénavant « consommer La Cage autrement, notre business, ça demeure de recevoir des gens en salle à manger. Disons qu’on a hâte que la crise s’achève », témoigne M. Bédard.

Saint-Hyacinthe en bonne posture

Jamais Jean Bédard n’aurait cru que cette crise perdurait aussi longtemps. Le Maskoutain se remémore même avoir noté, en mars, que la situation se résorberait en deux semaines seulement. « Je me disais que c’était un sprint, une course de 5 kilomètres, alors nous sommes partis en fous. Puis, le sprint est devenu un marathon. Et finalement, 12 mois plus tard, je réalise que nous avons parcouru un ultramarathon », philosophe-t-il.

C’est pourquoi, même s’il demeure fébrile à l’idée de relancer la machine, Jean Bédard espère que la réouverture annoncée des restaurants mettra un terme au yo-yo subi par l’industrie depuis un an. « J’aime mieux qu’on prenne davantage notre temps, mais qu’on le fasse de la bonne façon et que ça dure. On n’est pas à une surprise près avec cette situation », souligne-t-il.

Néanmoins, il ne s’inquiète pas de l’avenir des Cage – Brasserie sportive, surtout celle de Saint-Hyacinthe qu’il possède depuis 32 ans. « J’ai des Cage proches de Bombardier et d’Air Canada dans l’ouest de l’île de Montréal, ou encore celle du Centre Bell, où ça va prendre beaucoup de temps avant de retrouver l’activité que nous avions auparavant. À Saint-Hyacinthe, ça va redécoller très vite, tout comme pour l’ensemble de l’événementiel, de la restauration ou des commerces. Grâce à l’industrie agroalimentaire de la région, nous bénéficions d’une solide base économique. »

Il ne craint pas non plus les contrecoups d’une potentielle 3e vague du virus puisque la vaccination semble porter ses fruits et que la température estivale arrivera en renfort sous peu.

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