1 avril 2021
Carte blanche
La chance
Par: Christian Vanasse
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François Legault a candidement vanté le livre Liberté 45 de Pierre-Yves McSween dans lequel l’auteur expose sa recette du bonheur : travailler fort, épargner tôt et devenir indépendant financièrement à 45 ans pour avoir la liberté de faire ce qu’on veut le reste du temps! M. Legault témoigne : « J’ai réussi à 39 ans en travaillant très fort » et ajoute « …avec aussi un peu de chance. »

J’ai trouvé ça tellement drôle, j’en ai presque oublié de rire. Si j’avais une vieille cenne pour chaque personne que je connais qui « travaille fort » et qui n’est toujours pas millionnaire, je serais financièrement indépendant depuis longtemps. « Travailler fort », c’est la blague que les riches ne se tannent jamais de conter aux pauvres.

Les patrons qui gagnent 200 fois le salaire de leurs employés travaillent-ils 200 fois plus fort? Des employés d’Amazon sont obligés de pisser dans des bouteilles d’eau pour « travailler plus fort ». Leur patron, Jeff Bezos, vaut 180 milliards. Y remplit combien de bouteilles d’eau par chiffre, le beau Jeff?

Y a des riches qui disent avoir « travaillé fort » pour le devenir, alors que des pauvres ont travaillé encore plus fort pour qu’ils le deviennent.

Les grandes richesses ne relèvent pas de la bonne fortune. Parlant de chance, François Legault a profité de l’enseignement supérieur abordable (par les luttes étudiantes), du Fonds de solidarité (par les syndicats) et de la Caisse de Dépôt (par l’État) pour devenir millionnaire.

Mais ce n’est pas de la chance. Ce sont des choix. Des choix collectifs qui donnent à l’individu des conditions favorables. De l’éducation, de l’argent, des appuis. Le gars arrive au comptoir et dit : « M’as te prendre un 6-49. » Gagne le gros lot. Ça, c’est chanceux.

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