10 novembre 2016
La chasse aux sources
Par: Martin Bourassa

Jamais depuis deux semaines n’aura-t-on autant parlé du travail des journalistes, de protection de sources et des relations entre politiciens, policiers et journalistes. 

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Pas certain cependant que le grand public se passionne autant pour ces jeux de coulisses que les membres de la confrérie journalistique. Il est toutefois toujours bon d’éveiller les consciences et de faire réaliser au plus grand nombre possible l’utilité, voire l’importance capitale du journalisme sous toutes ses formes. Et tout autant, d’insister sur la nécessité de protéger les sources qui nourrissent les chiens de garde.

Si vous avez le moindrement suivi tout ce qui s’est dit et s’est écrit à ce sujet depuis que les premières histoires de journalistes sous surveillance ont été étalées publiquement, vous savez donc que le portrait n’est pas joli du tout. 

On vous résume en quelques lignes : la police, on parle du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et de la Sûreté du Québec, s’est engagée dans une chasse, voire une traque aux sources policières qui coulent de l’information aux médias. Sur le simple coup de fil d’un ministre ou d’un maire et avec la bénédiction d’un juge de paix ou d’un juge tout court. Nous l’avons écrit et nous le répétons : que des policiers ou des politiciens cherchent à empêcher des fuites et à connaître l’origine de fuites embarrassantes n’a rien d’extraordinaire. Ça fait partie de la game.

Le problème c’est que pour y arriver et pour placer des journalistes sous surveillance, il ne suffise que de trouver un juge complaisant, ce qui semble d’une simplicité rare. Ceux qui connaissent le tabac vous diront que ce n’est pas difficile puisqu’en partant les journalistes ne jouissent pas d’un gros capital de sympathie auprès de l’appareil judiciaire, dont les procureurs de la Couronne. Parlons d’un préjugé défavorable.

Pour calmer le jeu et la bête médiatique, Québec a annoncé la création d’une commission d’enquête publique sur la protection des sources journalistiques. On ignore encore son mandat et les limites de ce dernier, tout comme sa composition. À sa tête, nous verrions d’un bon œil la nomination d’un juge de la trempe de Marc-André Blanchard, rompu au rôle des médias, ou encore celle du juge retraité John Gomery (scandale des commandites et ex-président du conseil de presse du Québec). 

Le maire de la Ville de Montréal, déjà passablement écorché, avait lui aussi annoncé le déclenchement d’une enquête administrative sur le SPVM avant d’y renoncer, comme s’il pouvait être à la fois une partie du problème et sa solution. Il y avait une enquête de trop dans le décor et c’était la sienne. 

Il est par contre permis de se demander à quoi servira une commission d’enquête s’il est impossible d’y faire comparaître des juges de paix, qui sont au cœur du problème. On risque surtout de mettre l’éclairage sur les relations trop étroites entre le politique et la police, que ce soit à l’Assemblée nationale ou à l’hôtel de ville de Montréal. Cela semble déjà évident. Et d’ici à ce que toute la lumière soit faite, il est conseillé aux sources journalistiques de délaisser les cellulaires et la technologie au profit des bonnes vieilles enveloppes brunes.

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