25 juin 2020
Pandémie et pénurie de logements
La crise du logement se fait sentir à Saint-Hyacinthe
Par: Rémi Léonard

Les affiches « À louer » se font plus rares à Saint-Hyacinthe cette année, qui vit une crise du logement aggravée par le contexte de pandémie. Photothèque | Le Courrier ©

La statistique a tourné abondamment cette année : à 0,4 %, le taux d’inoccupation des logements à Saint-Hyacinthe est le plus bas au Québec. Sauf qu’à l’approche du 1er juillet, on ne parle plus de simples chiffres, mais de vraies familles qui risquent de ne pas parvenir à se trouver un toit à temps.

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Pas de doute, la crise du logement est « bien présente » à Saint-Hyacinthe, constate depuis un certain moment déjà Alexandra Gibeault, coordonnatrice du comité maskoutain de défense des droits des locataires Logemen’mêle. De concert avec l’Office d’habitation des Maskoutains et d’Acton, l’organisme tente actuellement de trouver une solution d’urgence pour les personnes qui n’ont pas encore pu trouver d’option pour se loger après le 1er juillet. En date de mardi, 13 ménages étaient dans cette situation, mais il n’est pas exclu que d’autres s’ajoutent à la liste plus l’échéancier se rapproche.

Si tous les logements se font rares en cette période, c’est encore plus critique pour les logements avec au moins deux chambres à coucher, particulièrement recherchés par les familles, a précisé la coordonnatrice du comité Logement’mêle.

Une tempête parfaite

Jointe ce printemps, plusieurs semaines avant l’échéance de la grande majorité des baux, Alexandra Gibeault s’inquiétait déjà de l’impact de la pandémie sur les problèmes rencontrés par les locataires. Pendant le confinement, les visites et toutes les démarches entourant la recherche d’un logement étaient nécessairement au ralenti, voire à l’arrêt. « Quand tout va débloquer, c’est certain que tout le monde va se lancer sur les mêmes offres », a-t-elle illustré.

Si on ajoute le peu de disponibilité dans le marché locatif, c’est malheureusement le genre de contexte qui peut exacerber la discrimination dont font encore preuve certains propriétaires, s’inquiétait-elle. Elle rappelait tout de même que la région de Saint-Hyacinthe était déjà en crise du logement avant même que ne se déclenche la pandémie.

Ses craintes étaient visiblement fondées si l’on se fie au témoignage d’une mère de famille de Saint-Pie, qui se retrouve parmi les treize ménages qui n’arrivent pas à se trouver un logement convenable après la fin de leur bail actuel. Prestataire de l’aide sociale et vivant seule avec ses deux enfants en bas âge, elle a répondu à une trentaine d’offres pour n’aboutir qu’à deux visites sur place, où elle n’a finalement pas été acceptée. Certains propriétaires ne se gênaient pas pour préciser qu’ils recherchaient plutôt des « personnes qui travaillent », ou que l’immeuble est une « place tranquille qui n’accepte pas les jeunes enfants », des critères pourtant discriminatoires et complètement illégaux.

Portrait plus large

La semaine dernière, la concertation maskoutaine en matière de logement, formée de plusieurs groupes communautaires, a d’ailleurs présenté un état de situation sur le logement dans la MRC des Maskoutains. On y apprenait par exemple que le tiers des locataires doivent utiliser plus de 30 % de leurs revenus pour se loger, ce qui les place dans une situation de vulnérabilité.

Les prix des logements ont connu une hausse de 4 % entre 2018 et 2019, un autre facteur qui peut aggraver la crise du logement qui touche la région. Toujours selon ce document, la MRC compte plus de 1500 logements sociaux, soit près de 10 % du parc locatif total. Malgré tout, l’offre demeure largement insuffisante, comme le démontrent les 350 ménages qui sont présentement sur la liste d’attente de l’Office d’habitation des Maskoutains et d’Acton.

Pour la coordonnatrice du comité Logemen’mêle, il est clair qu’il manque encore des options plus accessibles pour les locataires, alors que de nombreux projets de construction en cours visent plutôt le créneau de luxe. La Ville de Saint-Hyacinthe a toujours comme objectif de créer 125 nouveaux logements sociaux, abordables ou communautaires d’ici cinq ans en investissant 600 000 $ par année. L’idée d’obliger les promoteurs immobiliers à contribuer à cet effort à travers leurs nouveaux projets de construction a toutefois été écartée.

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