24 septembre 2015
Volte-face du conseil
La démolition autorisée sans condition
Par: Benoît Lapierre
La démolition autorisée sans condition

La démolition autorisée sans condition

Plus rien n’empêche la démolition de la E.T. Corset. Photothèque | Le Courrier ©

Plus rien n’empêche la démolition de la E.T. Corset. Photothèque | Le Courrier ©

Trahissant l’engagement qu’il avait pris cet été dans le dossier de l’ancienne manufacture E.T. Corset, le conseil ­municipal vient d’éliminer tout ce qui pouvait encore empêcher la démolition du plus vieil élément du patrimoine industriel maskoutain.

Lundi soir, tous les élus, sauf un, ont ­renié leur parole en autorisant la destruction de ce bâtiment datant de 1892 sans que le promoteur qui souhaite le ­remplacer par des condos ait obtenu les modifications réglementaires ­nécessaires à son projet.

C’était là, pourtant, la principale ­condition que le conseil avait enchâssée dans sa résolution du 29 juin par laquelle il avait maintenu le verdict déjà rendu par le comité de démolition dans le cas de la E.T. Corset.

Cette résolution a été amendée lundi de manière à ce que les conditions les plus contraignantes pour le promoteur en soient retirées, tout simplement. La plus importante est évidemment celle qui ­rendait la délivrance du permis de ­démolition conditionnelle à l’entrée en vigueur du règlement d’urbanisme ­350-42 lié au projet immobilier de Bellus Développement.

Or, ce règlement ne peut entrer en ­vigueur pour la simple et bonne raison que le processus qui devait mener à son adoption a été bloqué à l’étape de la procédure d’enregistrement, le 2 septembre. Ce jour-là, suffisamment de citoyens provenant d’une des zones concernées s’étaient rendus signer le registre à l’hôtel de ville pour forcer la tenue d’un référendum de secteur.

Mais l’option du scrutin référendaire est maintenant écartée. Lundi, avant de s’occuper de la question du permis de démolition, le conseil a d’abord convenu de retirer le projet de règlement 350-42. Un nouveau projet devra donc être ­présenté pour adoption concernant le site E.T. Corset / Goodyear, lequel est ­toujours la propriété de Stéphane Arès et Fernand Mathieu.

Bousquet s’oppose

Seul le conseiller David Bousquet s’est prononcé contre les amendements qui ont été apportés à la résolution du 29 juin touchant le permis de démolition, ce qui lui a valu d’être réprimandé par son ­collègue André Beauregard.

Visiblement déçu que M. Bousquet n’ait pas suivi le conseil dans sa volte-face, le conseiller Beauregard a affirmé que son homologue du district Sacré-Coeur avait déjà voté en faveur de la démolition de la E.T. Corset. En fait, et même s’il a toujours acquiescé aux modifications ­réglementaires demandées dans ce ­dossier, M. Bousquet n’a pu se prononcer en public en faveur de la démolition sous conditions puisqu’il n’assistait pas à la séance du 29 juin. À cette occasion, seule Brigitte Sansoucy s’était prononcée contre cette décision du conseil. ­Candidate du NPD dans Saint-Hyacinthe-Bagot, Mme Sansoucy a décidé au mois d’août de s’abstenir de toute apparition publique comme conseillère d’ici aux élections fédérales. Elle était donc ­absente lundi, une fois de plus.

En expliquant sa position dans le ­dossier, le conseiller Bousquet a laissé entendre que selon lui, le conseil était en train « d’endosser un processus qui a manqué de transparence », sans tenir compte des citoyens qui se sont prononcés. « Si on autorise la démolition, on les punit », a-t-il lancé.

Il a ajouté qu’il ne savait toujours pas « ce qui va s’en aller sur le site de la E.T. Corset », ce à quoi le maire Claude Corbeil lui a répondu que le promoteur avait tout expliqué lors d’une soirée d’information. « Il a démontré en entier ce qu’il voulait faire », a laissé tomber M. Corbeil, en ­parlant de son oncle par alliance, Gilles Lépine, le président du groupe Bellus ­Développement.

« La version finale du projet, il y a peu de personnes qui l’ont vue. Il y a eu beaucoup de modifications, le projet a évolué », a rétorqué David Bousquet.

Quant à Bernard Barré, le parrain de la résolution de lundi sur le permis de ­démolition, il a laissé entendre que le traitement du dossier E.T. Corset – Bellus avait assez duré comme ça. « Moi, vous le savez, je suis un pro-patrimoine, je l’ai démontré dans le dossier du centre ­culturel. Si j’avais rencontré Mme ­Bouchard dès le début avec sa pétition, je l’aurais signée, sa pétition (…). ­Malheureusement, ça fait six mois qu’on est là-dessus, et après avoir passé tout ce temps-là sur la question, je suis très à l’aise avec la décision. Faut avancer dans la vie. Bang! », a-t-il tranché.

La Maskoutaine Marie-France ­Daigneault-Bouchard, qui milite depuis des semaines pour la sauvegarde de la E.T. Corset, était encore présente lundi soir, porteuse d’une ­nouvelle pétition signée par 250 citoyens de Saint-Hyacinthe et d’ailleurs exhortant le conseil d’empêcher la démolition…

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