7 mai 2015
Le grand glissement, cinq ans après
La force de l’entraide
Par: Benoit Lapierre
C’est exactement à cet endroit, en bordure de la portion du rang Salvail Nord qui a été ­reconstruite, que s’est produite la tragédie du 10 mai 2010. Le sol s’est stabilisé après le ­glissement, et plus rien n’y paraît aujourd’hui. Photo François Larivière | Le Courrier ©

C’est exactement à cet endroit, en bordure de la portion du rang Salvail Nord qui a été ­reconstruite, que s’est produite la tragédie du 10 mai 2010. Le sol s’est stabilisé après le ­glissement, et plus rien n’y paraît aujourd’hui. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le maire Yves de Bellefeuille, accompagné ici de Nancy Carvalho, montre un talus qui a été complètement remodelé et rendu sécuritaire, près du village. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le maire Yves de Bellefeuille, accompagné ici de Nancy Carvalho, montre un talus qui a été complètement remodelé et rendu sécuritaire, près du village. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Pour le maire de Saint-Jude, Yves de Bellefeuille, et sa directrice générale, Sylvie Beauregard, cette soirée ­mémorable fut le début d’une course folle pour parer au plus urgent, vu l’ampleur du désastre. En premier lieu, ils devaient faire barrer le rang Salvail des deux côtés au plus vite pour prévenir d’autres accidents.

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Heureusement, les pompiers étaient fin prêts à intervenir : ils s’entraînaient tous à la caserne au moment du glissement. « C’était encore très instable et ils ont été bien braves de descendre dans le ­­trou pour commencer les recherches à la ­noirceur », souligne le maire de Bellefeuille.

Avec Mme Beauregard, il devait aussi se préparer à accueillir les troupes qui ­allaient débarquer d’un instant à l’autre : la Sécurité civile, la Sûreté du Québec, mais aussi la horde de journalistes qui allait prendre Saint-Jude d’assaut. « On nous avait bien avertis qu’ils seraient là le lendemain matin dès 6 h et moi, il fallait que je parle à tout ce monde-là. C’est Christian Vanasse qui s’est occupé de la partie en anglais », en soupire encore Yves de Bellefeuille.

Les premières 48 heures, il les a passées sans dormir. « Ces nous qui tenions les rennes de toute l’organisation », signale-t-il.

« Il fallait aussi aviser le transport ­scolaire et trouver des psychologues pour le lendemain matin, parce qu’on avait deux écolières disparues là-dedans; l’une ­fréquentait l’école aux Quatre-vents et l’autre, l’école secondaire Fadette. J’ai passé la nuit sur le téléphone », a poursuivi Sylvie Beauregard.

Dans les jours qui ont suivi la ­catastrophe, ils n’ont connu aucun ­moment de répit, mais ils se sentaient soutenus. « La beauté de tout ça, c’est l’entraide des gens d’ici. Nous n’avons ­jamais manqué de rien, ni de nourriture, ni de quoi que ce soit. Ce sont nos bénévoles qui se sont occupés de tout ça », souligne le maire de Bellefeuille. Il n’oubliera jamais tous les témoignages de sympathie qui ont été transmis à la municipalité. « Nous avons reçu des condoléances de partout, sauf de Jean Charest. Mais Jacques Dupuis (alors ministre de la Sécurité publique) nous a visités deux fois. Le Canadien de Montréal avait même fait ­placer une gerbe de fleurs devant le Centre Bell, et a versé un don de 1 000 $ aux ­familles. Ça les a beaucoup touchées. » Le maire de Bellefeuille estime que dans les semaines qui ont suivi le glissement, au moins 10 000 curieux sont passés par Saint-Jude pour voir de leurs propres yeux le ­cratère funeste du rang Salvail.

Simple citoyenne au moment du drame, Nancy Carvalho affirme que les Rochvillois ont été chanceux d’avoir pu compter sur un maire et une directrice générale aussi dévoués en pareille ­situation de crise. « On n’aurait pas pu trouver mieux qu’Yves et Sylvie pour gérer tout ça. Oui, il y a eu la peur, mais grâce à eux, nous n’avons pas vécu dans la peur. »

Le destin avait voulu qu’un grand ­malheur frappe Saint-Jude l’année même de son 175e anniversaire de fondation. Une grande fête devait d’ailleurs avoir lieu le 15 mai, une semaine avant les ­funérailles. « On a d’abord pensé à tout annuler, puis on s’est dit non; les gens avaient besoin de se rassembler. Il y avait deux trous dans le village : une famille ­venait de partir, et il y avait le trou physique », a évoqué Yves de Bellefeuille.

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