4 septembre 2014
La hache
Par: Le Courrier
publicité

Au début de la colonie, la hache symbolisait la construction du pays. On défrichait, on créait, on se donnait des moyens, nous devenions des citoyens.

Maintenant, invoquant la capacité de payer limitée du contribuable (anciennement connu sous le nom de citoyen), il semble que nous n’ayons plus les moyens et que la hache ne serve plus qu’à déconstruire l’État. Il semble que couper soit devenu le nouveau projet de société.

Pourtant, la capacité de payer des contribuables semble sans limites lorsqu’il est question de monter les taxes, imposer des tarifs ou consentir des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises. Notre portefeuille est sans fond lorsqu’il faut renflouer les banques, nettoyer les dégâts des pollueurs ou rallonger l’asphalte à perte de vue afin de permettre à nos ressources naturelles de quitter plus vite le territoire pour être transformées ailleurs. À nous les pertes, aux autres le profit.

Et l’insulte devient carrément injure lorsque ceux qui nous demandent ces sacrifices viennent du même moule gangrené qui ne cesse d’étaler sa corruption devant la commission Charbonneau, jour après jour, après jour, après jour.

Le ménage n’est même pas fait dans la maison qu’on veut nous lancer dans la démolition de pans de murs entiers. Ne pourrait-on pas couper dans les paradis fiscaux, le prix des médicaments ou les avantages indécents qui font la fortune de quelques monopoles, au premier chef celui du pétrole?

On voudra plutôt orienter le tranchant vers le citoyen. Hacher, sabrer, couper, prenez-le comme vous voulez, mais ça va faire mal. « Faut que ça saigne-euh », chantait autrefois Boris le boucher. Aujourd’hui, c’est le ministre Letao qui tient ce rôle d’une main, sa hache de l’autre. Et un banquier qui s’improvise boucher, ça ne vous laissera pas grand-chose dans l’assiette. Le bout de gras, il le gardera pour lui.

image