30 juillet 2020
La honte
Par: Christian Vanasse
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Tsé, là… la vraie honte. L’authentique infamie. Bien avant l’invention des émojiis de paume-dans-la-face, existait ce sentiment pénible, désagréable et inconfortable. Tsé, là… la honte. Réelle, incarnée, qu’on ressentait jusque dans’moëlle, nous faisait baisser la tête pis nous donnait envie de passer à travers les craques du plancher pour avoir dit une connerie, fait une bêtise ou causé du tort par maladresse ou stupidité.

La menace « Fais-nous pas honte devant la visite! » faisait partie de l’arsenal parental pour non seulement punir, mais aussi faire réfléchir, raisonner et éduquer plus efficacement qu’avec une claque derrière la tête ou un grand coup de pied au derrière. « Comporte-toé! » était le sous-texte pis la pire chose au monde était de faire honte à sa mère aux nouvelles. Mais on a peut-être abusé. Si bien qu’aujourd’hui, elle semble disparue. Comme si il n’y avait plus de honte à crier fort au restaurant, être désagréables avec nos collègues ou de parfaits étrangers ou intimider des employés qui ne font que leur travail.

Y a plus de honte à répéter des mensonges comme si c’était des vérités, à confondre faits et opinions et se prétendre plus connaissant que tous ceux dont c’est le métier. Y a plus de honte à sacrer nos vidanges par la fenêtre en Gaspésie, à prendre le corps des autres pour un territoire qu’on peut souiller ou crier « All life matters » avec un t-shirt d’Hitler. Plus aucune honte à exposer nos idées les plus sombres en pleine lumière. Et si je trouve que notre époque manque d’empathie et même d’amour. Elle manque encore plus de gens pour dire : « HEY! T’as pas honte? COMPORTE-TOÉ! » À défaut de claques derrière les oreilles, notre époque manque de honte.

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