30 août 2012
Intégration aux loisirs d'été
La longue bataille de William
Par: Le Courrier
On reconnaît devant : Maude Fillion, le petit William et Jean-Philippe Primeau, des Loisirs Sainte-Rosalie. Au centre : Frédérique Fillion, Natacha Comtois et Érika Martel. Derrière : Nancy Janelle, de l'Office des personnes handicapées du Québec, en compagnie de Jean Lemonde, de Zone Loisir Montérégie.

On reconnaît devant : Maude Fillion, le petit William et Jean-Philippe Primeau, des Loisirs Sainte-Rosalie. Au centre : Frédérique Fillion, Natacha Comtois et Érika Martel. Derrière : Nancy Janelle, de l'Office des personnes handicapées du Québec, en compagnie de Jean Lemonde, de Zone Loisir Montérégie.

C’est la rentrée pour William, 6 ans. Comme des centaines d’autres petits Maskoutains, il retourne à l’école la tête remplie de bons moments passés au camp d’été de son quartier et fort de nouvelles amitiés. Pourtant, au printemps, son intégration aux Loisirs Sainte-Rosalie semblait loin d’être acquise.

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C’est que William est handicapé. Il a perdu l’usage de ses jambes dans un accident il y a près de deux ans. Bien qu’il soit presque aussi autonome que les autres enfants de 6 ans, sa condition nécessite un certain accompagnement pour veiller à ses besoins particuliers et adapter çà et là quelques activités.

Or, à la Ville de Saint-Hyacinthe, le plan d’intégration des enfants handicapés au camp de jours les regroupe tous au même endroit, à Douville, sous la supervision du Mouvement Action Loisirs inc. (MALI). Les enfants y bénéficient du service d’accompagnement pendant les heures du camp de jour et ils dînent entre eux, à l’écart.  « Déjà, un plan d’intégration qui regroupe tous les enfants au même endroit plutôt que dans les camps réguliers des quartiers, je trouve que c’est une drôle de définition de l’intégration. Qu’il dîne à l’écart en plus ça n’avait aucun sens », raconte la mère de William, Maude Fillion, qui a multiplié les démarches depuis l’automne dernier en vue de permettre à son fils de fréquenter le camp d’été auprès des amis de son quartier. « Mon fils n’a aucun problème de comportement ou de déficience intellectuelle. Je lui montre qu’il peut faire ce qu’il veut dans la vie. Connaissez-vous bien des entreprises où les employés en chaises roulantes sont tenus de manger à l’écart? » Ainsi, après plus de six mois de négociations et de tractations avec la Ville, Mme Fillion n’est jamais parvenue à trouver de compromis. De fait, c’est le coordonnateur des Loisirs Sainte-Rosalie qui, à quelques jours du début du camp, a réuni 2 000 $, soit la somme nécessaire à l’embauche d’une accompagnatrice en or qui permettrait à William d’intégrer le groupe de son quartier à raison de trois jours par semaine. « Les responsables du camp et moi-même savions depuis plusieurs mois que William serait avec nous cet été. Sa mère nous avait appelés et nous avons nous aussi tenté de convaincre la Ville de verser le financement nécessaire, mais l’argent n’est jamais venu. Alors on a pris le téléphone et on a trouvé les sous nous-mêmes », raconte Jean-Philippe Primeau, le coordonnateur des Loisirs Sainte-Rosalie. Une rencontre avec le député Émilien Pelletier, qui est aussi porte-parole de l’opposition pour les personnes handicapées, a permis de recueillir une part de la somme. Puis, les Chevaliers de Colomb et le Club Optimiste ont aussi donné leur appui, avec un bémol cependant. « Même s’ils le pouvaient, ils n’ont pas payé le total du montant. Ils voulaient absolument que la Ville contribue elle aussi, parce que c’est sa responsabilité », raconte Frédérique Fillion, aide-responsable du camp de jour. Au final, l’administration municipale aura versé le quart du financement nécessaire. En l’espace de quelques heures, les Loisirs ont déniché en Érika Martel la perle rare qui allait devenir la complice de William pour l’été. Par manque de ressources, le petit homme a dû se priver de certaines activités, surtout les sorties, ce qui n’a pas empêché son ciel de briller. « Tout ce qu’on a demandé aux animatrices de son groupe, c’était de penser à William pour éviter, par exemple, de ne faire que des sports pendant toute une journée, explique Natacha Comtois, responsable du camp. Au début de l’été, on a pris le temps d’expliquer la situation de William et de répondre aux questions des enfants. Ils ont vite oublié la chaise roulante. William est un boute-en-train dans son groupe et tous les jeunes ont hâte de le revoir lorsqu’il n’est pas là. » Selon elle, hormis la course contre la montre pour trouver du financement, l’intégration de William au camp n’a pas été plus compliquée que celle d’un autre enfant. Ce dont on ne doute pas lorsque William raconte son été avec un large sourire et les yeux pétillants. « Je me suis battue pour William, mais aussi pour les autres enfants concernés, note Maude Fillion. Peut-être que d’autres parents se sont pliés aux politiques de la Ville. Je suis heureuse du dénouement pour mon fils, sauf que je le dois à l’initiative personnelle de jeunes adultes qui se sont fait un point d’honneur de montrer que c’était possible. Mais l’année prochaine, on fait quoi? »

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