18 février 2016
Pénurie de médecins
« La médecine rurale est en péril! »
Par: Alain Bérubé

Alors qu’elle se bat depuis des années afin de pouvoir compter sur un nombre suffisant de médecins, la Coopérative de solidarité et de santé de la MRC d’Acton en a assez. Affirmant être abandonnée par Québec, elle lance à Gaétan ­Barrette, ministre de la Santé, un appel à l’aide afin de renverser la vapeur le plus rapidement possible.

Publicité
Activer le son

La récente annonce du ministère de la Santé, qui stipulait qu’aucun ­médecin ne sera attribué à la MRC ­d’Acton en 2016, fut la goutte qui a fait déborder le vase. La Coopérative de santé perdra en effet les services de Dr Luc LaBrèque, à la fin mars, et de Dre Élise Bénech-Riopel, en août.

« En 20 ans, aucun nouveau médecin n’a été attribué selon le système de ­répartition à notre MRC, et ce, même si on aura en tout perdu trois médecins sur six depuis l’an dernier. Environ 11 000 personnes, soit 70 % de notre ­population, seront ainsi privées de soins de proximité. C’est vraiment catastrophique! », lance Jean-Marie Laplante, président de la Coopérative de santé et préfèt de la MRC d’Acton.

Dès août, fait remarquer ce dernier, la MRC comptera un médecin pour 4 300 personnes, alors que le ratio est de un pour 1 183 en Montérégie-Est.

« Le ministère affirme que nous n’avons pas besoin de nouveaux ­médecins et que la situation est ­acceptable. Pourtant, nous n’offrons plus de services sans ­rendez-vous depuis décembre. Et entre mars et août, plus de 2 300 patients ne seront plus attitrés à un médecin », ­souligne Nicole Saulnier, directrice générale de la Coopérative de santé.

Jean-Marie Laplante allègue que les ­résidants de la MRC d’Acton doivent être traités comme les autres. Il ajoute que ­selon lui, la médecine rurale est en péril.

« Les citoyens devront donc faire des aller-retour de 80 km vers les ­urgences de Saint-Hyacinthe, Granby et Drummondville afin d’obtenir des soins de première ligne. Pourtant, on paie des taxes et des impôts comme tout le monde. Nous avons droit aux mêmes services que l’ensemble de la ­population », martèle-t-il.

Réactions du ministère

En entrevue avec Radio-Canada deux jours après le récent point de presse de la Coopérative de santé, le ministre de la Santé et des Services ­sociaux, Gaétan Barrette, se montrait ­rassurant. Il a alors affirmé que le ­gouvernement s’attardera de près aux problèmes provoqués par les règles de répartition des effectifs médicaux.

Julie White, attachée de presse au ­Cabinet du ministre Barrette, a confirmé que le message de la MRC d’Acton Vale a été entendu.

« Nous partageons les préoccupations du maire et de la population. Cependant, pour la première fois au Québec, nous allons maintenant répartir ­obligatoirement les nouveaux postes de médecins là où il y a des besoins sur le territoire. D’ici trois ans, 1 000 ­nouveaux diplômés vont joindre le réseau et s’établir dans les régions qui ont des besoins de médecins. Les ­besoins d’Acton Vale pourront ainsi être comblés », soutient-elle.

Le député adéquiste de Johnson, André Lamontagne, se réjouit que Dr Barrette ait réagi publiquement à l’appel lancé par la Coopérative.

« J’ai discuté avec lui à Québec et il affirmait être surpris face à l’ampleur du dossier. C’est une bonne nouvelle de ­l’entendre dire qu’il tentera de trouver des solutions le plus rapidement possible », a-t-il confié.

M. Lamontagne croit cependant que le ministère de la Santé devra faire preuve de créativité. « Il faudra sortir des sentiers battus et faire du sur mesure, car la ­situation de la MRC d’Acton est unique », dit-il.

Du côté de la Coopérative, l’optimisme est modéré. « Le ministre Barrette dit vouloir désengorger les urgences au Québec, mais pourtant, en ne répondant pas à nos besoins, il transpose le problème puisque c’est près de 5 000 visites annuelles qui s’ajouteront aux urgences environnantes. Qu’on nous attribue des médecins et nous pourrons aider le ministre à atteindre ses objectifs », clame M. Laplante.

– La Coop de santé de la MRC d’Acton

image