30 avril 2020
Maladies infectieuses dans les élevages
La médecine vétérinaire en première ligne
Par: Jean-Luc Lorry

La médecine vétérinaire joue un rôle majeur dans la surveillance et le contrôle des maladies infectieuses présentes dans les élevages d’animaux de ferme.

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« Dans le monde, on recense environ 1480 pathogènes [agent infectieux responsable d’une maladie] infectieux chez l’humain et au moins 875 sont d’origine animale », précise Jean-Pierre Vaillancourt, médecin vétérinaire et professeur à la Faculté de médecine vétérinaire, en entrevue au COURRIER.

« On observe une augmentation de la proportion des pathogènes infectieux chez l’être humain qui proviennent d’animaux. Les principales causes sont l’invasion par l’homme des écosystèmes d’animaux porteurs de pathogènes, les changements climatiques, l’augmentation des déplacements longues distances des êtres humains, les contacts plus étroits avec les animaux et l’affaiblissement croissant du système immunitaire », énumère le Dr Vaillancourt.

Ce vétérinaire dispose d’une expertise internationale sur les questions de contrôle de maladies infectieuses principalement dans la volaille et le porc.

Le Dr François Cardinal fait partie de l’équipe vétérinaire de Triple-V, une entreprise d’Acton Vale qui offre une panoplie de services comme la recommandation de programmes de vaccins en médecine préventive pour les animaux de ferme.

« En Montérégie, les deux principales maladies qui affectent les élevages porcins sont la grippe porcine et le syndrome reproducteur et respiratoire porcin. Les cas d’influenza [grippe] dans le milieu du porc sont fréquents. Par contre, aucune étude ne démontre la fréquence de transmission automatique de la grippe porcine à l’humain », précise le Dr François Cardinal en entretien au COURRIER.

La grippe porcine est très contagieuse et se propage facilement dans l’air. « La grippe porcine représente peu de mortalité dans le troupeau. Lorsqu’il y a un nombre élevé d’influenza, on attend souvent que la maladie disparaisse par elle-même », note ce vétérinaire.

Grippe aviaire

Concernant la grippe aviaire, le milieu scientifique est de plus en plus convaincu que ce sont des oiseaux migrateurs qui sont responsables de la contamination dans les élevages de volaille.

« Actuellement, il n’y a pas de virus hautement pathogène dans le secteur aviaire. Lorsque c’est le cas, il est obligatoire d’euthanasier les oiseaux infectés », souligne le Dr Cardinal.

Autant la grippe aviaire que la grippe porcine pourraient devenir pandémiques à l’instar de la COVID-19.

« C’est rare, mais techniquement possible. La grippe espagnole était d’origine aviaire. Le H1N1, qui a été pandémique il y a quelques années, avait une origine mixte, avec une composante porcine, une aviaire et une humaine (mais principalement porcine). Le H5N1, qui a tué plusieurs jeunes personnes en Asie depuis plus de 20 ans, est zoonotique [maladie transmissible entre l’animal et l’humain], mais ne se transmet pas facilement entre humains. Si un jour il acquiert la facilité de transmission de la COVID-19, alors oui, il pourrait bien devenir pandémique », considère le Dr Jean-Pierre Vaillancourt.

Cet avis est partagé par le Dr Cardinal. « C’est toujours une possibilité. Par contre, par définition, ce ne serait plus de la grippe porcine ni de la grippe aviaire, ce serait une influenza humaine. La grippe aviaire qui infecte les humains en Asie ne se transmet pas d’humain à humain, ceux qui l’attrape le font de la volaille. C’est pour cette raison qu’on parle de grippe aviaire », termine le Dr François Cardinal.

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