22 août 2019
Carte blanche
La mort lente
Par: Christian Vanasse
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Il y en a pour se réjouir de la faillite du Groupe Capitales Médias et ses journaux, Le Soleil, Le Droit, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Quotidien et La Voix de l’Est. Certains applaudissent la déconfiture de leur propriétaire, le libéral Martin Cauchon, manifestement aussi bon administrateur que ministre, mais c’est oublier les travailleurs derrière. Par la pluralité des voix qu’on y trouve, on réalise qu’un journal n’est jamais vraiment son propriétaire.

Ces dizaines de journalistes apportent un éclairage nécessaire à des endroits autrement obscurs : les coulisses municipales. Sans mauvais jeux de mots, la faillite du Soleil laisserait beaucoup d’ombre. Comme la devise du Washington Post le dit si bien : « La démocratie meurt dans l’obscurité ». Les petits et grands magouilleurs seraient tranquilles sans personne pour les questionner, sans « chiens de garde » dans leurs pattes. Votre conseil municipal raconté sur YouTube par un gars fâché qui se filme à la verticale dans son char, mettons qu’il va vous en manquer des bouts. Comme lui. Au temps des « fake news » où on croit plus les ti-cass en aluminium qui crient au complot en lettres capitales, la météo des médias n’annonce rien de bon.

Parce que parmi ceux qui applaudissent, il y a aussi les modernistes. Comparant les journaux écrits aux calèches et aux locomotives à vapeur, ils embrassent Uber pour les transports, Airbnb pour le tourisme, Amazon pour le commerce et rêvent d’une app qui remplacerait les journalistes. Ironiquement, ils déboursent une fortune chaque mois pour le contenu « gratuit » que les Google, Apple et Facebook ont puisé à même les médias traditionnels sans verser de redevances ou payer d’impôts. De la même façon qu’on arrivera à vous vendre l’eau de votre propre robinet.

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