15 août 2013
La mosquée en mouvement
Par: Martin Bourassa
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La nouvelle devrait être banale, voire ne pas en être une. Mais ce n’est pas le cas. Rien n’est anodin quand il est question de mosquée et de musulmans au Québec, et encore davantage à Saint-Hyacinthe.

Le déménagement du Centre islamique maskoutain, qui quitte le centre-ville de Saint-Hyacinthe pour s’installer dans les anciens locaux du cinéma Le Paris, en plein coeur du secteur Saint-Sacrement, a fait grand bruit chez nous.Autant d’ailleurs que son implantation au centre-ville de Saint-Hyacinthe il y a quelques années de ça. Une arrivée saluée par un profond malaise et un sentiment d’inconfort qui avaient incité la Ville de Saint-Hyacinthe a adopté illico presto un moratoire interdisant l’implantation de nouveaux lieux de prières dans le secteur du centre-ville.L’interdiction ne visait pas uniquement les religions non catholiques soit dit en passant, mais toutes les religions confondues, sans aucune discrimination. Et ce moratoire était et demeure une bonne chose à nos yeux.Nous sommes toujours d’avis que ce n’est pas en ouvrant toute grande la porte du centre-ville aux lieux de culte que le noyau commercial assurera sa pérennité, son attrait, son dynamisme et sa revitalisation. Et plusieurs de nos lecteurs semblent penser ainsi, si je me fie aux résultats de notre question Internet de la semaine dernière, alors que 76 % des quelque 1750 répondants disaient voir d’un bon oeil le déménagement du CIM. Obtenir autant de répondants à une question à cette période de l’année, voilà qui illustre bien l’impact considérable de cette annonce auprès des Maskoutains.Ce déménagement vers un quartier résidentiel soulagera donc notre centre-ville, et nos commerçants, d’une occupation controversée, mais qui somme toute s’est avérée bien peu dérangeante, il faut bien l’admettre. On ne m’a rapporté aucun incident particulier en lien avec la présence et les activités du centre islamique maskoutain sur la rue Hôtel-Dieu, soit pratiquement à l’arrière des locaux du COURRIER. À ce que je sache, et selon ce que j’ai été à même d’observer, le CIM a toujours fait sa petite affaire, sans faire de bruit. Dans la discrétion totale et absolue.Tant et si bien que j’ai été surpris d’apprendre qu’il délaissait son local, faute de place suffisante pour accueillir tous ses membres de Saint-Hyacinthe, mais qui proviennent également en bon nombre de l’extérieur de la ville et de la MRC.Le CIM a trouvé plus grand et aussi le moyen d’accéder à la propriété en faisant l’acquisition du bâtiment qui appartenait toujours à l’église pentecôtiste, au terme d’une florissante campagne de financement menée à même la clientèle du CIM.Les fidèles du CIM ont versé à ce jour 230 000 $ à la campagne de financement qui devait permettre l’achat du premier centre islamique à Saint-Hyacinthe.L’ancien cinéma retrouvera donc sa seconde vocation, celle de lieu de culte.Au niveau du zonage et de l’urbanisme, il n’y a rien à redire. Les musulmans prennent le relais des pentecôtistes. L’usage religieux est permis, voire encouragé sur la rue Saint-Joseph, là où demeure le maire Caude Bernier d’ailleurs. Il sera donc aux premières loges pour mesurer l’impact de la mosquée dans le voisinage.Selon les premiers échos que nous avons été à même d’obtenir, l’arrivée de la mosquée suscite pour l’instant des commentaires et réactions modérées. Le chanoine Gaston Giguère, responsable de l’église Notre-Dame-du-Très-St-Sacrement, située à un coin de rue du CIM, a donné le ton, en incitant ses paroissiens à la modération.« Il ne faut pas mettre tous les musulmans dans le même panier, car n’oublions pas qu’il y a aussi des extrémistes dans la religion catholique. »De toute évidence, la cohabitation s’annonce harmonieuse. Mais je doute fort qu’elle donne lieu à des échanges et des partages. Compte tenu de l’expérience vécue au centre-ville, j’ai comme l’impression que catholiques et musulmans continueront de vivre en vase clos, sans chercher à se connaître davantage.Une sorte d’isolement volontaire qui fait sans doute l’affaire d’un peu tout le monde, mais qui contribue forcément à alimenter la suspicion et les préjugés respectifs.

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