29 novembre 2012
Là où l’art et la philosophie se rencontrent
Par: Le Courrier

Il faut remercier et féliciter chaleureusement Marcel Blouin pour sa lettre éclairante au sujet de l’exposition Orange qu’il codirige (LE COURRIER, 22 novembre 2012), de toute évidence motivée par celle que j’ai publiée en ces mêmes pages (20 septembre) et qui appelle par-là une réponse, au risque peut-être d’abuser de la patience des lecteurs.

J’aimerais dire d’emblée, sans aucune arrière-pensée, que si ma modeste contribution n’avait servi qu’à susciter une telle chose, soit cette lettre enrichissante et instructive de sa part, qui élève l’intelligence et nous tire ainsi vers l’essentiel – le Vrai, le Bien et le Beau (M. Blouin fait référence ici à ce que la philosophie nomme les « transcendantaux », référence très autorisée dans le contexte) – , j’en aurai été fort heureux. Sa lettre incite à en vouloir plus de sa part, notamment à lire le texte auquel il fait référence (intitulé « L’abandon du subversif »). Il va sans dire que j’en appuie chaque ligne. Mon commentaire de l’exposition offerte cette année – dont il me semble devoir rappeler que j’en ai reconnu les mérites tout en affirmant aussi qu’elle se rapproche sur le fond de mon propre travail en philosophie – visait seulement à dire ma déception que celle-ci nous éloigne à mon sens de ces hauts et nobles idéaux, en présentant des oeuvres « choquantes ou troublantes », voire parfois dégoûtantes, de l’aveu même des commissaires. Ayant pour ma part constaté lors de ma visite au Centre Expression et à la Ressourcerie ce caractère choquant déjà évident dans le programme détaillé publié dans Le Courrier, il était hors de question que j’y amène mes enfants, notamment, et c’est surtout ce qui m’a déçu car nous fréquentons habituellement les expositions avec eux. Je ne puis m’empêcher de souligner, dans la foulée, une chose qu’on aurait voulu lire dans la lettre de M. Blouin et qui brille par son absence, à savoir des excuses au moins discrètes quant au comportement proprement inadmissible de son responsable des communications; on rappelle qu’il a cru bon, ainsi que l’a judicieusement montré Martin Bourassa, répliquer « dans une forme méprisante, voire même violente » (LE COURRIER, 4 octobre) à mon endroit plutôt que d’offrir une réponse constructive, argumentée et nuancée à la question que je posais. Une telle attaque « ad hominem », c’est-à-dire dirigée contre les personnes et non contre les idées, est réellement une « faute grave », surtout de la part d’un responsable des communications, et ne démontre rien quant au fond. Il est permis néanmoins de lui reconnaître un certain génie, soit celui d’avoir su alimenter la controverse en ces pages, procurant du coup à l’événement une longue publicité gratuite! Je voudrais enfin réitérer, avec emphase pour que ce soit bien clair, mon salut à M. Blouin et au travail habituel de son équipe, dont je croyais avoir suffisamment reconnu la valeur sur le fond; je suis disposé à lui offrir mes excuses, ainsi qu’aux commissaires, si cela n’était pas assez évident. Mais je persiste du même souffle à souhaiter qu’ils nous reviennent dans trois ans avec une exposition plus conforme à leurs propres idéaux – le Vrai, le Bien, le Beau –, que je partage, et où je voudrai cette fois amener mes enfants pour continuer à les y initier avec leur aide précieuse.

Mathieu Scraire

image