7 mai 2015
Le grand glissement, cinq ans après
La peur a quitté Saint-Jude
Par: Benoit Lapierre
La peur a quitté Saint-Jude

La peur a quitté Saint-Jude

Sylvie Beauregard, directrice générale de Saint-Jude au moment du drame, Nancy ­Carvalho, qui lui a succédé à ce poste, et le maire Yves de Bellefeuille devant la carte des sites qui ont été consolidés après le grand ­glissement.  Photo François Larivière | Le Courrier ©

Sylvie Beauregard, directrice générale de Saint-Jude au moment du drame, Nancy ­Carvalho, qui lui a succédé à ce poste, et le maire Yves de Bellefeuille devant la carte des sites qui ont été consolidés après le grand ­glissement. Photo François Larivière | Le Courrier ©

La catastrophe naturelle de Saint-Jude dans toute sa démesure. Photothèque | Le Courrier ©

La catastrophe naturelle de Saint-Jude dans toute sa démesure. Photothèque | Le Courrier ©

Village de Saint-Jude, 10 mai 2010. Ce lundi-là, à 20 h 25, le temps s’est arrêté pour les quatre membres d’une jeune famille du rang Salvail Nord, pendant qu’ils regardaient une partie de hockey des séries éliminatoires, au sous-sol de leur demeure.

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« C’est sûr que c’était ça : ils aimaient tous le hockey. C’était un match Canadiens – Penguins; le grand-père était avec eux, mais il ne se sentait pas bien et il venait juste de partir pour rentrer chez lui quand c’est arrivé. Il est décédé l’année dernière, M. Préfontaine. Ça lui avait donné un gros coup, cette tragédie-là », raconte ­Sylvie Beauregard.

Les corps de Richard Préfontaine, de sa conjointe Line Charbonneau et de leurs fillettes, Anaïs, 8 ans et Amélie, 12 ans, avaient été retrouvés le lendemain soir par les pompiers de Saint-Hyacinthe, dans la masse boueuse qui avait envahi le sous-sol. La maison avait été démolie pour faciliter le travail des secouristes.

Selon les experts du gouvernement qui ont rédigé un rapport de 100 pages sur les caractéristiques et les causes du ­glissement, de gigantesques tranches de sol auraient violemment percuté et ­défoncé la structure avant de la maison, provoquant le décès des occupants.

Mme Beauregard se souvient de tout comme si c’était arrivé hier; elle était ­directrice générale de Saint-Jude lorsqu’est survenu le glissement de terrain qui a ­défrayé les manchettes à travers le monde. À l’approche du cinquième anniversaire du drame, elle s’est remémoré ces événements en compagnie du maire, Yves de Bellefeuille et de Nancy Carvalho, l’actuelle directrice générale de la municipalité.

« La peur, c’est ça qu’on a dû gérer après la catastrophe. Tout le monde avait peur que leur maison parte », a résumé le maire de Bellefeuille, lui-même un ­résidant du rang Salvail Nord.

Le glissement de mai 2010 s’est produit à environ quatre kilomètres au nord du noyau villageois, sur la rive droite de la ­rivière Salvail, laquelle se jette dans la ­Yamaska environ deux kilomètres plus loin. Le sol s’est disloqué sur une superficie de 42 000 mètres carrés, emportant la maison des quatre victimes, une partie de la route et causant la rupture de l’aqueduc et des lignes électriques et ­téléphoniques. Les débris glaiseux ont traversé le lit de la rivière et chevauché la rive opposée sur une soixantaine de mètres. Une tranchée a dû être pratiquée dans les jours suivants pour que la rivière retrouve son cours.

Quelques instants après l’affaissement, un résidant de Saint-Aimé qui circulait dans le rang Salvail a plongé dans le c­ratère avec sa camionnette. Blessé et ­ensanglanté, il est quand même parvenu à s’extirper du gouffre et à gagner la maison la plus proche pour mander les secours. « Ce monsieur est un miraculé. Je ne sais pas comment il a fait pour se sortir de là », s’étonne encore Sylvie Beauregard.

Pendant ce temps, le maire de Bellefeuille recevait l’appel du citoyen chez qui le blessé arrivait au même moment. C’est là qu’il a appris que la maison de Richard Préfontaine avait été emportée. Il a ­aussitôt demandé à son interlocuteur de composer le 911, puis il s’est rendu sur les lieux. « Quand je suis arrivé au site, tout branlait encore, ça déboulait de partout. J’ai téléphoné à Sylvie pour lui dire : viens-t-en vite, la route est partie et la maison est dans le trou. »

En se rendant sur les lieux, Sylvie ­Beauregard s’est arrêtée chez Robert ­Préfontaine, le frère de Richard, pour lui ­annoncer ce qui venait d’arriver. « Ça a été un moment difficile. Il s’est aussi ­inquiété pour son père. Il savait qu’il était là-bas. »

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