22 août 2019
Forum
La réplique de Simon-Pierre
Par: Le Courrier

Monsieur le sénateur Dagenais, en lisant votre « communication », je n’y ai d’abord pas cru. Celle-ci était non signée, envoyée d’une adresse courriel non parlementaire et, surtout, rédigée avec un ton indigne d’un honorable membre de la chambre haute. Tout indiquait que nous avions été victimes d’une mauvaise blague. À la suite de nos vérifications, nous savons désormais que ce texte est bel et bien authentique.

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Vous n’en êtes pas à votre premier fait d’armes en la matière. En 2013, vous aviez interpellé la députée de Terrebonne-Blainville de la même manière. Nos collègues du NPD avaient alors qualifié la missive de « paternaliste, enfantine, condescendante ». On voit bien que rien n’a changé.

Vous qui êtes si bien informé sur le fonctionnement du système politique canadien, au point de donner des leçons sur celui-ci, vous devriez peut-être regarder ce qui se passe ailleurs. Sur près d’une centaine de sénats existants dans le monde, seule une poignée d’entre eux sont composés d’individus nommés plutôt qu’élus. À ce titre, le Sénat du Canada fait figure d’exemple d’institution sans légitimité démocratique. Parmi les pays du G7, le Canada est le seul dont le Sénat est intégralement nommé.

Vous semblez par ailleurs bien méprisant envers ces « députés qui, trop souvent, ne pensent qu’à leur réélection ». Venant de quelqu’un qui s’est prêté à l’exercice à titre de candidat conservateur dans Saint-Hyacinthe-Bagot en 2011, cette phrase paraît bien surprenante. Trouvez-vous par ailleurs normal qu’après avoir été rejeté par les électeurs, vous ayez néanmoins pu être coopté à titre de législateur? J’appelle cela un déni de démocratie.

Celui qui vous a nommé à l’époque, le premier ministre Stephen Harper, avait d’ailleurs jadis bien compris le caractère archaïque de cette chambre alors qu’il promettait de le réformer pour le rendre électif. Il n’est pas le premier politicien à changer de position en fonction de ses intérêts du moment. Vous en savez tout particulièrement quelque chose par rapport à la question du registre des armes à feu.

Vous écrivez ceci : « Sachez en passant que le Sénat compte de plus en plus de membres de votre communauté autochtone qui prennent au sérieux leur travail dont la valeur dépasse bien souvent celui accompli par des députés de tiers partis dont le pouvoir se limite à chialer. »

Outre le fait que je ne vois pas trop ce que mes origines ont à faire ici et qu’il n’existe pas une communauté autochtone, mais bien plusieurs Premières Nations, on perçoit bien toute votre suffisance pour les choix de nos concitoyens. Ne vous en déplaise, les oppositions (dont le parti dont vous êtes membre) font partie intégrante de la démocratie et constituent un rouage essentiel du parlementarisme et contribuent à son équilibre. Des cinq chefs qui s’affronteront lors du prochain débat, un seul se retrouvera premier ministre le 21 octobre. Est-ce à dire que les quatre autres ne serviront à rien?

Vous regardez également de haut le Bloc québécois, qui offre de « belles pensions à vie à ses ex-députés ». Venant d’un sénateur, cette pointe est particulièrement ironique…

Vous ne devriez pourtant pas ignorer que tous les élus bénéficient des mêmes conditions et que la pension n’est pas réservée aux bloquistes. Vous n’êtes pas non plus sans savoir qu’un député doit passer un certain nombre d’années au parlement et y être réélu avant de pouvoir avoir droit à une pension, à la différence d’un sénateur qui ne doit sa place et ses avantages qu’au bon vouloir du premier ministre.

Pour finir, veuillez noter que je n’ai pas été « choisi » par Yves-François Blanchet comme candidat. Au Bloc québécois, les membres de chaque circonscription sont chargés de désigner celui qui portera les couleurs du parti. Un principe démocratique qui, encore une fois, est sans aucun doute incompatible avec les valeurs d’un sénateur canadien.

Simon-Pierre Savard-Tremblay
Candidat du Bloc québécois dans Saint-Hyacinthe-Bagot

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