30 janvier 2020
Le quatrième bac
La RIAM a déjà dit « non »
Par: Benoit Lapierre

Même si la Ville de Saint-Hyacinthe y tenait mordicus pour 2021, ne serait-ce que pour elle-même, un quatrième bac à ordures destiné uniquement aux matières envoyées à la biométhanisation ne sera pas intégré au système actuel de collecte des déchets domestiques sur le territoire de la Régie intermunicipale d’Acton et des Maskoutains (RIAM).

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Avant même que les élus de Saint-Hyacinthe se prononcent en faveur de ce quatrième bac par un vote majoritaire à leur séance du 20 janvier – le conseiller Jeannot Caron a voté contre cette proposition qui émanait de son collègue David Bousquet – le conseil d’administration de la RIAM avait déjà rejeté l’idée d’un tel ajout à sa réunion du 10 décembre 2019.

Après avoir pris connaissance d’informations sur la question, les administrateurs présents à cette rencontre – il n’y avait qu’un seul absent – ont voté contre le principe du quatrième bac par un vote de 23 contre 16. Ces 16 voix étaient celles de Saint-Hyacinthe, représentée à la RIAM par Bernard Barré et Pierre Thériault, qui y détiennent chacun huit voix. C’est donc dire que l’opposition à l’ajout du quatrième bac, sur tout le territoire ou à Saint-Hyacinthe seulement, suivant une idée amenée par Pierre Thériault à la réunion du 10 décembre, est unanime dans les autres Municipalités.

Il faut dire que beaucoup d’éléments militent contre son apparition dans la gestion des matières résiduelles, comme l’a expliqué au COURRIER le directeur général de la RIAM, Réjean Pion. « Il y a des raisons pour lesquelles ça n’existe pas au Québec. Après avoir fait le tour du contexte, je ne vois pas non plus la possibilité de rendre le quatrième bac avantageux, ni sur le plan environnemental ni financièrement », a-t-il résumé.

Il souligne d’abord que l’ajout d’un petit bac de 47 litres pour recueillir séparément les résidus de table destinés à la biométhanisation et les autres matières – branches, feuilles, résidus de jardin – qui resteraient dans le bac brun obligerait la RIAM a recourir à des camions équipés de deux compartiments, de façon à ce que les deux cueillettes se fassent simultanément. « Ces camions coûtent environ 400 000 $ chacun; s’il en fallait cinq de plus, on serait déjà rendu à 2 M$ », poursuit-il. Comme les petits bacs ne pourraient être saisis par le bras mécanique, soutient M. Pion, ils devraient être transvidés à la main, ce qui suppose un coûteux ajout de personnel par l’entrepreneur. En outre, comme les résidus de table ne représentent actuellement qu’environ 5 % du contenu du bac brun, l’un des compartiments s’emplirait beaucoup plus vite que l’autre, de sorte que la collecte serait souvent interrompue pour que les camions soient vidés bien avant d’être pleins.

À tous ces inconvénients s’ajoute le coût d’achat des nouveaux bacs eux-mêmes, estimé par la RIAM à environ 50 $ ou 60 $ pièce. Comme il en faudrait 40 173 pour desservir autant d’unités de logement dans les deux MRC, sur 48 850 – pour l’enlèvement des matières organiques, les immeubles de six logements ne sont pas tous desservis -, une autre dépense de plus de 2 M$ serait à prévoir. Autre détail : les sacs à feuilles de 130 litres, très utiles en hiver dans les bacs bruns, n’entreraient pas dans les petits bacs. Bref, c’est une série de considérations de ce genre qui ont mené au rejet de l’option du quatrième bac à la RIAM.

Elle avait été examinée dans le cadre de la préparation de l’appel d’offres en vue de l’octroi du prochain contrat de cinq ans (2021-2025) de collecte sélective et de gestion des rebuts.

L’année 2020 sera donc la dernière du contrat actuel.

265 000 $ pour Saint-Hyacinthe

C’est dans ce contexte que la Ville de Saint-Hyacinthe a demandé et obtenu que le contrat de 11 ans 2015-2025 qu’elle avait signé avec la RIAM en novembre 2014 soit résilié et qu’il prenne fin le 31 décembre 2020.

En vertu de ce contrat, la RIAM devait livrer à la Ville le contenu des bacs bruns pour qu’elle le traite dans ses installations de biométhanisation, ce qu’elle n’a jamais pu faire en raison de la nature de plus de 90 % des matières recueillies : des branches et des feuilles surtout, et des contaminants divers. Au lieu des économies et des profits anticipés, la Ville a dû assumer seule durant cinq ans le coût exorbitant du détournement du contenu des bacs bruns vers de lointains sites de compostage.

Pour l’année 2020, les Municipalités ont finalement accepté que le budget de la RIAM soit modifié par l’ajout de 265 000 $ au poste budgétaire « matières organiques », ce qui atténuera les pertes de Saint-Hyacinthe pour cette année. Conformément à la loi, la modification a été approuvée par au moins les deux tiers des municipalités membres, a indiqué Réjean Pion. En décembre 2019, 17 Municipalités sur 25 avaient d’abord rejeté une hausse budgétaire de 650 000 $ en faveur de Saint-Hyacinthe, laquelle aurait fait passer le budget « matières organiques » 2020 de 450 000 $ à 1 100 000 $.

La Ville estime que dans le dossier « bac brun », elle a encaissé une perte de 733 600 $ en 2019, n’ayant obtenu que 412 600 $ de la RIAM en vertu de l’entente, cela pour couvrir des dépenses qui ont atteint 1 146 200 $, affirmant qu’il en a été de même au cours des années 2015, 2016, 2017 et 2018.

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